Absolute
Zero - Crashing Icons - 1 CD ReR m=r.2
Sophie
Agnel/Olivier Benoit - Rip-stop - 1 CD In Situ
Gustavo
Aguilar Get Libre Collective - Destinations - 1 CD Circumvention
Music
Alata - 1 - 1
CD Cristal Records
Ganesh
Anandan - Malcolm Goldstein - Rainer Wiens - Speaking in tongues - 1
CD Ambiances Magnétiques
Laura
Andel Orchestra - SomnambulisT - 1 CD Red Toucan/ Cactus Records
Hans
Appelqvist - Bremort - 1 CD Komplott
Arnal/Beeferman/Misterka
- Rara
Avis - 1 CD Generate records
Around
3 gardens - 1 CD Quoi de Neuf Docteur
Carlos
Bechegas/Alexander von Schlippenbach - Open Speech - 1 CD Forward
Rec
Kristian
Blak & Yggdrasil - Yggdrasil - 1 CD Tutl
Jaap
Blonk, Koichi Makigami, Paul Dutton, Phil Minton, David Moss - Five men
singing - 1 CD Victo
Borgmann/Brötzmann/Parker/Bakr
- The
Cooler Suite - 1 CD Grob
Glenn
Branca - Lesson n°1 - 1 CD Acute Records
Christian
Brazier - Mémoire vive - 1 CD CELP
Eugene
Chadbourne - The History of the Chadbournes - Honky-tonk im Nachtlokal
- 1
CD Leo Records
Cholet/Känzig/Papaux
Trio - Autumn circle - 1 CD ALTRISUONI
Marko
Ciciliani - Tullius Rooms - 1 CD Unsounds
Collective
4tet - Synopsis - 1 CD Leo Records
Conference
Call - Spirals - The Berlin Concert - 1 CD 482 Music
Chris
Cundy/James Dunn - Grace and Delete - 1 CD Ochre Records
Curlew
- Mercury - 1
CD Cuneiform
D-E-F
Day
& Taxi - Private - 1 CD PERCASO
Trio
Derome/Guilbeault/Tanguay - 10 compositions de Jean Derome - 1
CD Ambiances Magnétiques
Ernesto
Diaz-Infante/Matt Hannafin - All the States Between - 1 CD Pax
Recordings
Paul
Dolden - L'ivresse de la vitesse 1 - 1 CD Empreintes Digitales -
L'ivresse
de la vitesse 2 1 CD Empreintes Digitales - Seuil
de silences - 1 CD Empreintes Digitales
Ehinger,
Lindemann, Pitteloud - ELP - 1 CD Unit Records
Ekkehard
Ehlers - Politik braucht keinen feind - 1 CD Staubgold
Dietrich
Eichmann/Jeff Arnal - The temperature dropped again - 1 CD Leo
Records
L'ensemble
en pièces - Jardin d'exil - 1 CD Ambiances magnétiques
Avram
Ferfer - Shades of the muse - 1 CD CIMP - Tom
Abbs & frequency response - Conscription - 1 CD CIMP
Fjellestad/Kowald/Reason/Robinson
- Dual
Resonance - 1 CD Circumvention Music
Ingebrigt
Haker Flaten - Double Bass - 1 CD SOFA
Joe
Fonda et Gilbert Isbin - Blisters - 1 CD Jazz'halo
The
Fonda/Stevens Group - Twelve Improvisations - 1 CD Leo Records
Fred
Frith/Keep the Dog - That house we lived in - 2 CDs RER/FRA
G-H-I
Lutz
Glandien Lost in Rooms - 1 CD ReR
Burton
Greene - Live at Grasland - 1 CD Drimala records
Griot
Galaxy - Live at the DIA 1983 - 2 CDs Entropy Stereo
La
Grosse Couture - Patchwork - 1 CD GC
Grydeland/Kluften/Lovens
- These
Six - 1 CD Sofa
George
Haslam/Paul Hession - Pendle Hawk Carapace - 1 CD Slam
John
Heward trio - Let them pass (Laissez-passer) - 1 CD Drimala records
Nathan
Hubbard - Born on Tuesday - 1 CD Circumvention music
J-K-L
André
Jaume - Le Collier de la Colombe - 1 CD CELP
Sven-Ake
Johansson/Rudiger Carl/Joe Williamson - Hudson River - 1 CD Grob
The
Jeff Kaiser Ockodektet - 13 Themes for Triskaidekaphobic - 1 CD
pfMENTUM
Nikola
Kodjabshia - Reveries of the Solitary Walker - 1 CD ReR
Peter
Kowald - Global Village - 1 CD free elephant
Christof
Kurzmann - The Air between - 1 CD Charmiza
Kyriakides/Moor
- Red
v Green - 1 CD Unsounds
Yannis
Kyriakides/VeenFabriek - The Thing Like Us - 1 CD Unsounds
Joëlle
Léandre - Gianni Lenoci - Sur une balançoire - 1
CD Ambiances Magnétiques - Ensemble
SuperMusiqueCanevas - "+" - 1 CD Ambiances Magnétiques
Léandre/Marguet/Maneri/Ryan
- For
Flowers - 1 CD Leo Records
Le
Cube - Le Thé - 1 CD Yolk
Christian
Le Délézir - Op. 54 - 8 poèmes Exophoniques Improvisés
- 1
CD Exaton Records
The
Peggy Lee band - World appart - 1 CD Spool - Dave Douglas
- Louis Sclavis - Peggy LeeDylan Van Der Schyff - Bow river falls - 1
CD Koch jazz
Thomas
Lehn/Paul Lovens - Achtung - 1 CD Grob
Marilyn
Lerner - Luminenses - 1 CD Ambiances Magnétiques
Lonely
Woman - aLIVE 2003 - 1 CD Hazeljazz
René
Lussier - Grand vent - La tribu (TRICD-7215)
M-N-O
Chris
McGregor's Brotherhood of Breath - Bremen to Bridgewater - 2 CDs
Cuneiform Records
Gaël
Mevel Trio - Danses parallèles - 1 CD Leo Records
Vladimir
Miller/Ken Hyder - Counting on angels - 1 CD SLAM
Roscoe
Mitchell - Solo [3] - 3 CDs Mutable Music
Jemeel
Moondoc Trio - Live at Glenn Miller Café - 1 CD Ayler Records
Andy
Moor/John Butcher/Thomas Lehn - Thermal - 1 CD Unsounds
Mygük
- A
un fil - Autoproduit
Simon
Nabatov - Autumn music - 1 CD Leo Records
NOMA
(Tom Walsh) - Diversion - 1 CD Ambiances Magnétiques
No
Spaghetti Edition - Real Time Satellite Data - 1 CD Sofa
O'Keefe/Stanyek/Walton/Whitehead
- Tunnel - 1
CD Circumvention Music
Out
of Blue - Urban setting - 1 CD Yolk
P-Q-R
Evan
Parker and September winds - Alder Brook - 1 CD Leo Records
Ake
Parmenud - Jeu d'ombres - 1 CD Empreintes DIGITALes
Arturo
Parra - Parr(A)cousmatique - 1 CD empreintes DIGITALes
Evelyn
Petrova - Year's cycle - 1 CD Leo Records
Barre
Phillips/Joëlle Léandre/William Parker/Tetsuu Saitoh - After
you gone - une kajette de sons à la mémoire de Peter Kowald -
1
CD Victo
PolySoft - Tribute
to Soft Machine - 1 CD Le Triton
Print - [a.ka]
Dreams - 1 CD Yolk Music
The
Remote Viewers - The Minimum programme of humanity - 1 CD Leo Records
Return
of the New Thing - Traque - 1 CD Ayler Records
Laurent
Rochelle - Conversation à voix basse - 1 CD Linoleum
Rubble
I - 1 CD Circumvention Total
John
Russel - Ute Völker- Mathieu Werchowski - Three planets - 1
CD Emanem
S-T-U
Sten
Sandell Trio - Flat Iron - 1 CD Sofa
Alexander
von Schlippenbach - Broomriding - 1 CD psi records - PISA
1980 - improvisors symposium - 2 CD psi records
Peter
A. Schmid/Ned Rothenberg - En passant - 1 CD Creative Works Records
The
Science Group - Spoors - 1 CD RER
Lisa
Sokolov - Presence - 1 CD Laughing Horse Records
Alain
Soler - A beautiful love. is all you need - 2 CDs CELP
Larry
Stabbins - Monadic - 1 CD EMANEM
Michael
Jefry Stevens & Michael Rabinowitz - Play - 1 CD Drimala Records
Steve
Swell's - Suite for players, listeners and other dreamers - 1 CD
CIMP
SWOD - Gehen - 1
CD City Centre Office
Thôt
agrandi - Work on axis - 1 CD Quoi de neuf Docteur
Trio
"Résistances" - Global Songs - 1 CD Cristal Records
Nancy
et Bertram Turetzky - Music for Flute(s) and Contrabass I - 1 CD
Nine Winds
Ullmann/Stevens/Fonda/Bennink - Variations
on a Master Plan - 1 CD Leo Records
V-W-X-Y-Z
Franck
Vigroux - Looking for Lilas - 1 CD D'autres cordes
VRIL - Effigies
in Cork - 1 CD ReR
Wachsmann,
Hug, Grydeland, Zach - Wazahugy - 1 CD Sofa
Joe
Williamson - The Ungrateful Carjacker - 1 CD Grob
Manon
Liu Winter/Franz Hautzinger - Brospa - 1 CD Grob
Brian
Woodbury - Variety Orchestra - 1 CD ReR
Yo
Miles ! - Henry Kaiser & Wadada Leo Smith - Sky Garden - 1
CD Cuneiform Records
Camel
Zekri - Venus Hottentote - 1 CD La nuit transfigurée
Absolute
Zero
Crashing Icons
1 CD ReR m=r.2
Absolute
Zero a pris une nouvelle direction en 1999 lorsque le batteur - co-fondateur
du groupe - Paul Roger a quitté l'aventure. Une personnalité difficile
à remplacer ; pourtant Pip Pyle (Delivery, Gong.) a su trouver immédiatement
sa place et s'immiscer dans le projet musical en cours. Mélange d'influences
issues de la scène de Canterbury (Soft Machine, Caravan.), de rock en
opposition (Henry Cow, Art Bears, Univers Zero), avec un intérêt
pour les répétitions obsédantes de Magma et un soupçon
de Franck Zappa, la musique du groupe évolue sur des voies complexes
loin de tout académisme et conformisme. Des sons distordus, des musiques
surprenantes, des phrasés déstructurés. Les musiciens s'arrachent
des conventions et des mélodies soigneusement et proprement agencées
pour développer des idées musicales sur fond d'atmosphère
apocalyptique et chaotique.
Enrique Jardines à la guitare basse, Aislinn
Quinn aux claviers et chants et Pip Pyle à la batterie se livrent à
un exercice où le style importe moins que les effets utilisés
pour décomposer puis recréer un tout. Surprenant. (sam)
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Sophie
Agnel/Olivier Benoit
Rip-stop
1 CD In Situ
Le
label In Situ nous présente Sophie Agnel et Olivier Benoit en duo. Enregistré
en 2002, cet album met en avant tout ce que l'improvisation peut comporter d'enthousiasmant
à la fois pour les musiciens et pour l'auditeur. Plus qu'une simple rencontre,
plus qu'une interaction entre les deux musiciens qui transparaît à
chaque instant dans les différentes pièces, c'est le sentiment
d'assister à un moment privilégié, unique et irremplaçable
qui emporte l'auditeur.
Piano et guitare, belle rencontre de deux instruments
guidés par les musiciens sur la route des essais sonores en péril
constant, des combinaisons à réinventer à chaque instant.
Ecoute de l'autre certes, improvisations fécondes et risques musicaux
sans aucun doute ; toutefois, plus encore que n'importe quel album dévolu
aux musiques en élaboration, ici se jouent un moment magique et un dépassement
de soi qui ravissent tout à la fois les musiciens et ceux qui assistent
à cette transe. (OR)
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Gustavo
Aguilar Get Libre Collective
Destinations
1 CD Circumvention
Music
Avec
Destinations nous touchons au plus près de ce que la sphère
improvisée peut produire de fécond et d'enthousiasmant. Guidé
par le percussionniste et compositeur californien Gustavo Aguilar, ce projet
nous plonge au cour d'une introspection mystérieuse, pleine de promesses
et aux vertus intrigantes.
Entre silences, phrasés estompés
ou moments plus intenses, la musique parcourt de multiples espaces, offrant
à l'auditeur un panel de sonorités ouvertes aux mondes parallèles
et secrets. Une quête qui se vit comme une fuite incessante, parfois cruelle,
toujours sincère. On ne ressort pas de cet enregistrement sans glisser
vers une interrogation métaphysique de ce qui nous fonde, nous régit
ou nous pousse à poursuivre notre route. Un questionnement qui ne trouve
pas de réponses, mais l'essentiel n'est sûrement pas là.
(sam)
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Alata
1
1
CD Cristal Records
Défendre
une musique inscrite dans son temps, promouvoir un art imprégné
par ce qui transcende actuellement le musicien, tel est le propos de Francis
Le Bras. Loin de rester dans l'idolâtrie inféconde des créateurs
des décennies passées, la volonté du pianiste est de jouer
avec les matériaux qui s'offrent aujourd'hui au musicien. Le souvenir
et le respect de l'histoire de la musique sont certes importants. Néanmoins,
imaginons un instant des innovateurs comme Miles Davis ou Charlie Parker transportés
dans notre siècle. Leur musique aurait sûrement été
très différente. Les précurseurs qu'ils furent à
leur époque ne se seraient pas contentés de reproduire ici et
maintenant les schémas du passé à l'identique.
Avec
Alata Francis Le Bras s'inscrit dans la création des temps modernes en
proposant des compositions et improvisations qui utilisent tous les ingrédients
disponibles. L'électronique et les expérimentations s'ouvrent
à de nouvelles voies parvenant à révéler l'artiste,
ses passions et ses envies de partage avec ses complices de l'instant. (sam)
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Ganesh
Anandan - Malcolm Goldstein - Rainer Wiens
Speaking in tongues
1
CD Ambiances Magnétiques
Étonnante
rencontre que celle-là entre Malcolm Goldstein, compositeur, interprète
de Cage et improvisateur, Rainer Wiens, spécialiste des guitares préparées,
et Ganesh Anandan, percussionniste improvisateur qui s'intéresse aux
instruments du sud de l'Inde. Les deux premiers s'étaient déjà
donné rendez-vous sur l'excellent Chants cachés (également
sur Ambiances Magnétiques), mais ici le contexte est bien différent
: on assiste à la rencontre de trois cultures de l'improvisation. Véritable
éloge de l'écoute et de la disponibilité, ce disque se
situe aux antipodes de la vision commerciale de la musique : quelque part entre
l'extrémisme de l'improvisation libre et la contemplation venue des musiques
non-occidentales, suggérée no-tamment par le jeu serein d'Anandan
ainsi que par les sonorités exotiques des steel drums, kalimba, paou...
Le
jeu effréné de Goldstein et le bruitisme de Wiens trouvent ici
un terrain particulièrement fécond au renouvellement de leur expérience.
Tout s'y passe en nuances, les musiciens, sans renier leur langage respectif,
semblent vouloir suivre la musique là où elle les entraîne.
Une chose est certaine : ces trois là ont tous une oreille. Pas
une "oreille absolue" comme le voudrait le mythe, mais une oreille
humaine, toujours à l'écoute de l'autre et prête à
enrichir son discours. Il s'agit donc d'un très beau disque qui, je l'espère,
pourra servir de porte d'entrée pour l'amateur de "musiques du monde"
vers les joies de l'improvisation libre. (EN)
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Laura
Andel Orchestra
SomnambulisT
1 CD Red Toucan/ Cactus Records
Laura
Andel est avant tout passionnée par la composition pour les grands ensembles.
Cet enregistrement SomnambulisT souligne son goût pour les créations
laissant une large place aux essais sonores, aux affrontements entre plusieurs
univers qui se rencontrent soudainement, se découvrent, se déroutent,
puis semblent finalement vouloir faire un bout de chemin ensemble.
Les espaces
s'éprouvent, les musiciens s'abandonnent à une exploration intense
de phrasés décousus, de notes déchaînées et
d'histoires inépuisées. Car loin de s'enfermer dans un discours
unique et fédérateur, la musique, à laquelle nous invite
Laura Andel, se dévoile avec des contours, des influences et un tissus
d'espaces vers lesquels l'on peut converger à notre convenance tout en
restant libre de s'en détourner à chaque instant. L'écoute
est si frêle et subtile qu'elle se joue de son essence plurielle et secrète.
Elle se dessine en nous, peu à peu, nous questionne et nous emporte.
(sam)
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Hans
Appelqvist
Bremort
1 CD Komplott
Hans
Appelqvist n'est pas un inconnu, son précédent opus, Tonefilm
avait déjà marqué les esprits il y a moins de deux ans.
Le suédois nous revient avec Bremort, un projet qui laisse l'auditeur
à bout de souffle sur près d'une heure. Bremort est une ville
imaginaire qui devient de fait une source d'inspiration sans limite. Chaque
rue, chaque lieu participe à la mise en ambiance. La ville respire par
les sons et les collages opérés par ce bricoleur fou. Bruits de
rue, de voitures, de bistrot, de coup de téléphone ou de réveil
matin, de la mer qui borde la ville, de fêtes foraines. La destinée
des hommes qui la peuplent est ainsi décortiquée par les mains
du jeune musicien. Bremort alterne des chansons aux mélodies simples,
des saturations et des dissonances qui sonnent finalement plutôt bien.
Cette combinaison hétéroclite fait la force de ce projet et sa
réussite aussi car elle résume tout simplement l'univers qui nous
entoure, fait de petites choses insignifiantes qui dictent notre existence.
Le musicien retranscrit, au travers de cet enregistrement, sa vision du monde.
A une époque où l'uniformité gagne du terrain, Hans Appelqvist
trouve la beauté dans la différence et dans la particularité,
dans la nécessité aussi de défendre ses idées. On
adhère sans peine. (SéM)
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Arnal/Beeferman/Misterka
Rara
Avis
1 CD Generate records
Depuis
la fin des années 90 la scène de Brooklyn est venue contrebalancer,
à NYC, l'influence de certaines sphères du Lower East Side et
du bas-Manhattan. Le percussionniste Jeff Arnal fait partie de cette communauté
artistique. Il propose avec Rara Avis, son dernier album, une musique mêlant
les accents de l'improvisation libre avec l'exigence des structures de la musique
contemporaine. Le constant questionnement sur le pouvoir de la création,
la recherche aussi de limites virtuelles à repousser sans cesse sont
autant d'éléments qui densifient le jeu et le mène vers
des pistes nouvelles. Le pianiste Gordon Beeferman, déjà entendu
en duo avec le percussionniste sur un précédent opus, et le saxophoniste
Seth Misterka entourent ici Jeff Arnal. Ils apportent leur personnalité
et leur sens du défi à une musique qui offre une image réjouissante
de la scène US alternative. (OR)
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Around
3 gardens
1 CD Quoi de Neuf Docteur
Les
liners notes soulignent parfaitement l'essence de la musique de cet album :
"une création collective et interactive entre matière sonore
et visuelle faisant intervenir le numérique pour le traitement en temps
réel du son, de l'image et de la diffusion dans l'espace. Ces éléments
sont la trame d'une composition qui se construit au fur et à mesure".
Interaction entre image et son, complicité de la vidéo qui agit
comme un instrument à part entière et devient une nouvelle voix
dialoguant avec les musiciens, Around 3 gardens - grâce aux trois pistes
vidéos incluses dans ce CD - rend compte du travail réalisé
par les musiciens autour de ce concept. Une musique tout autant à écouter
qu'à voir, qui mêle les effets électroniques, les traitements
sonores et les jeux sur l'image. Les habitués des concerts de Serge Adam
et Eric Vernhes apprécieront sans aucun doute cet enregistrement, album-trace
d'une musique en construction permanente, d'improvisations en élaboration
et de sonorités qui s'inventent dans l'instant. Les moins initiés
découvriront qu'il est possible de mêler différents arts
sans tomber dans des schémas faciles ou stériles. A découvrir
et surtout à suivre en concerts ! (sam)
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Carlos
Bechegas/Alexander von Schlippenbach
Open Speech
1 CD Forward
Rec
Personnage
secret, le flûtiste portugais Carlos Bechegas fait partie de ces musiciens
créateurs exigeants et parfois déroutants. Né en 1957 à
Lisbonne, le musicien a étudié aux Beaux-Arts parallèlement
à son intérêt pour les musiques populaires portugaises ou
le jazz-rock. Ce n'est qu'en 1988, après avoir pris part à un
atelier avec Steve Lacy, Evan Parker, et Richard Teitelbaum et avoir joué
avec son compatriote Carlos Zingaro que Carlos Bechegas décide de ranger
ses saxes pour se consacrer entièrement à l'étude de la
flûte dans les musiques créatives. Les territoires à défricher
sont alors énormes. L'instrument n'est en effet utilisé que de
manière "anecdotique" dans les musiques libres. Seuls James
Newton ou Roscoe Mitchell aux Etats-Unis avaient démontré véritablement
les potentialités de cet instrument. Carlos Bechegas explore les techniques
étendues sur l'instrument et utilise l'électronique pour s'ouvrir
de nouveaux horizons. Open Speech, qu'il nous présente aujourd'hui, a
été enregistré en juillet 2003 lors du festival pyrénéen
"Jazz à Luz". Duo fusionnel avec le pianiste Alex von Schlippenbach,
les pièces s'enchaînent avec une mise sous tension permanente.
On ne peut qu'être conquis par une telle débauche d'énergie
et par la conviction qui anime leurs auteurs. Cet album doit être considéré
comme une introduction à l'univers en perpétuelle construction
d'un musicien hors normes. (SéM)
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Kristian
Blak & Yggdrasil
Yggdrasil
1 CD Tutl
Kristian
Blak demeure l'un des grands catalyseurs de la scène féroïenne.
Ici avec la formation Yggdrasil, il propose une musique empreinte de lyrisme
et d'émotion, prolongée par la voix de la jeune chanteuse Eivor
Palsdottir. Kristian Blak se passionne, depuis de très nombreuses an-nées,
pour l'histoire et la culture de son île d'adoption. Il compile ici des
chansons traditionnelles féroïennes comme Nattina Eftir Friggjanatt,
Bort, Bort ou Ding Sang ou d'influence nordique mais aussi s'appuie sur des
textes de William Shakespeare pour donner corps à sa musique. Rien ici
n'est poussif, tout est joué dans l'esprit et les musiciens s'effacent
volontiers pour garder une cohésion de groupe. On relève cependant
des solos de choix qui démontrent l'attachement de chacun à faire
vivre cette musique. On ressort sincèrement humble et touché par
l'écoute d'Yggdrasil. (SéM)
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Jaap
Blonk, Koichi Makigami, Paul Dutton, Phil Minton, David Moss
Five men
singing
1 CD Victo
Parmi
les improvisateurs, il y en a pour qui l'instrument est le corps : chanteurs,
poètes sonores, bruiteurs, etc. Malheureusement, il est plutôt
rare de les voir se réunir, travaillant souvent des projets solos difficiles
ou s'intégrant à des ensembles instrumentaux. C'est donc une excellente
idée qu'a eu Michel Levasseur de réunir sur scène (et sur
disque) ces cinq virtuoses de la bouche et de l'appareil respiratoire. Five
men singing est un véritable festin pour les oreilles, un moment rituel
fantastique rempli d'émotion et de poésie. Force est de constater
que le tout diffère de la somme des parties : la musique du groupe est
plus accessible que celle des individus pris un à un. Elle donne l'impression
d'une grande écoute mutuelle, de constructions très précises,
et puissantes. Les possibilités quasi-illimitées de ces voix nous
font songer à certaines musiques électroniques, tant la diversité
des textures sonores est grande. Ici, la musique se développe autour
de mantras, saccades ou chants de gorge, physique, prenante et inventive. Après
tout, l'improvisation n'est-elle pas une musique de tradition orale ?
Ce
disque que l'on pourrait considérer comme une "bizarrerie"
se révèle comme l'un des plus beaux et des plus touchants disques
que Victo nous ait offert dans les dernières années. Ce qui n'est
pas peu dire. (EN)
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Borgmann/Brötzmann/Parker/Bakr
The
Cooler Suite
1 CD Grob
The
Cooler Suite n'est pas un enregistrement free-jazz de plus dans la longue discographie
de leurs auteurs respectifs. A l'origine les deux longues pièces - enregistrées
en concert - qui composent cet album ne devaient jamais être publiées
mais utilisées par les musiciens comme une balise posée à
un moment donné dans leur carrière, une base de réflexion
sur la musique, son pouvoir de suggestion et sa capacité à émouvoir.
Le jeu live non seulement permet mais autorise toutes les prises de risques.
The Cooler Suite peut donc se résumer à cela, une réflexion
in vivo sur la création contemporaine, un dialogue ouvert dans lequel
tous les éléments extérieurs participent à structurer
la musique et à lui donner telle ou telle couleur. Peter Brötzmann,
Thomas Borgmann, William Parker et Rashied Bakr n'en sont pas à leur
coup d'essai. Ils ont participé, chacun dans leur sphère, à
la reconnaissance et à la densification d'une musique jugée "exigeante".
C'est pourquoi cet enregistrement mérite toute notre écoute en
dépit d'une qualité sonore "moyenne" due aux conditions
de prises difficiles. Car The Cooler Suite n'est pas un enregistrement "prémédité",
il est donc le résultat d'une envie de partager une nouvelle expérience
commune, en cela il est essentiel. (SéM)
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Glenn
Branca
Lesson n°1
1CD Acute Records
Edité
à l'origine sur le label 99 Records, Lesson n°1 est un album trace
à plus d'un titre. Rock minimaliste, gravitant vers la musique concrète,
cette musique s'affranchie de tous les codes pour proposer, par des boucles
incessantes, des dissonances et des variations autour de l'objet sonore construit
et déconstruit à l'infini. Parue tout d'abord en vinyle, la présente
version s'enrichit de la magnifique pièce Bad Smells de 1982, enregistrée
avec cinq guitaristes dont Thurston Moore et Lee Ranaldo - co-fondateur du groupe
mythique Sonic Youth - et de la Symphonie n°5, présentée en
bonus vidéo de 17 minutes. Plus que la curiosité évidente
ou l'objet collector, cet album est une introduction réelle à
l'expérimentation des années 80, une balise-référence
vers laquelle de nombreux bruitistes se tournent pour dériver ou tenter
de s'approcher de l'énergie déployée par Glenn Branca.
Pour toutes ces raisons Lesson n°1 méritait largement cette réédition.
L'écoute nouvelle que l'on peut avoir de ces pièces, qui datent
de près d'un quart de siècle, suffit à notre bon-heur !
(SéM)
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Christian
Brazier
Mémoire vive
1 CD CELP
Christian
Brazier est un musicien poète, il profite de sa vision du monde pour
l'enrichir de sa passion, passion exprimée par sa musique, vecteur de
transmission de ses sentiments. Si le contrebassiste enregistre peu c'est qu'il
ne peut écrire à la demande. L'idée, le lyrisme, le fluide
de la création ne se commandent pas mais s'apprivoisent par l'expérience
et la sensibilité. Ses compagnons de voyage incarnent les mêmes
idées : un certain esthétisme, une exigence qui permettent au
leader de pouvoir relayer au mieux son imaginaire, sa vision du monde. Philippe
Deschepper à la guitare, André Jaume au sax ténor et clarinette
basse, Thierry Maucci aux saxes, Philippe Renault au trombone et Marc Mazillo
à la batterie tissent la toile d'une oeuvre en construction. Christian
Brazier joue en permanence entre l'écrit et l'improvisation, ces pièces
y gagnent en profondeur, car au travers de ces chants sur la vie, c'est la pensée
d'un homme qui s'exprime. A savourer. (SéM)
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Eugene
Chadbourne
The History of the Chadbournes
Honky-tonk im Nachtlokal
1
CD Leo Records
Dr.
Chadbourne nous convie à son Honky tonk Nachtlokal, une exploration musicale
autour d'éléments à consonance "country" ou "western".
Différents moments, différentes rencontres, différents
lieux et différentes influences pour revisiter une musique qui résonne
en chacun de nous selon des vocables typiques. L'originalité du projet
consiste à jouer de la musique country avec des improvisateurs peu connaisseurs
- voire pas du tout - de cette musique. Le résultat est, somme toute,
des plus inattendus : les accords sont réinventés ou détournés,
les sonorités sont réorchestrées.
En résumé,
de la country qui ne sonne plus du tout telle que nous la connaissons ; et pourtant,
l'esprit demeure intact : la musique proposée parle, en effet, à
chacun d'entre nous. Elle nous invite à partager des moments privilégiés
et complices et parvient à enflammer les lieux les plus portés
à l'austérité, au silence et à l'absence de regard.
(sam)
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Cholet/Känzig/Papaux
Trio
Autumn circle
1 CD ALTRISUONI
Ce
trio, créé en 2002, possède déjà une très
grande maturité qui transparaît dans la qualité harmonique
et la richesse des compositions présentées dans cet album. Lyrisme,
expression mêlant fluidité et légèreté mélodique
tout en conservant des temps où les connotations se font plus profondes
et intenses sont les ingrédients réunis pour cette musique par
Jean-Christophe Cholet au piano, Heiri Känzig à la contrebasse et
Marcel Papaux à la batterie.
Le pianiste nous ravit une fois de plus
par son talent d'écriture. Des compositions qui nous convient sur la
route des songes entre poésie et exaltation. Jean-Christophe Cholet est
parvenu à proposer des pièces au sein desquelles ses complices
du moment arrivent à trouver leur place, à s'inventer des ailleurs
et à renouveler un discours qui jamais ne s'épuise.
L'auditeur
peut ainsi se délecter d'une musique qui puise sa richesse dans une expression
mélodieuse et aérienne. (JP)
[haut
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Marko
Ciciliani
Tullius Rooms
1 CD Unsounds
Jeune
musicien d'origine croate, Marko Ciciliani a déjà un parcours
remarquable de diversité. Compositeur pour le théâtre et
la danse, il écrit de la musique de chambre et improvise avec ou sans
électronique. Ce Tillius Rooms est né de la théorie des
arts mémoriaux. De l'Antiquité à la Renaissance certains
hommes étaient capables de mémoriser une masse d'informations
inconcevable. Cela était rendu possible par une méthode de mémorisation
basée sur un lieu et des images. L'édifice abritait l'ensemble
de la mémoire et chacune des pièces une partie de cette mémoire
classée selon des critères retenus. De l'ordre choisi pour placer
les objets devait naître le souvenir. Les musiciens sont partis de ce
principe pour construire leur matière musicale. Pour ce faire, ils ont
composé 126 sections utilsables comme objets de mémoire. Tullius
Rooms, est certes une musique exigeante mais sa force et sa densité méritent
une écoute attentive. (SéM)
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Collective
4tet
Synopsis
1 CD Leo Records
Créé
à l'initiative du percussionniste Heinz Geisser, le Collective 4tet présente,
avec Synopsis, son quatrième enregistrement. Cette formation a su s'affirmer
très vite sur la scène européenne. La musique jouée,
parfois étiquetée free-jazz ou post-rock, pour satisfaire l'un
ou l'autre, est avant tout un territoire à défricher pour les
différents instrumentistes. On connaît William Parker depuis longtemps
maintenant. Il parvient à démontrer que la musique n'a de force
et d'expressivité que dans un échange égal. La matière
se construit ainsi par vagues initiées par l'un ou l'autre et relayées
indéfiniment pour bâtir la charpente d'une ouvre, certes éphémère
mais qui participe à affirmer la personnalité de chacun. Le pianiste
Mark Hennen sait se faire discret pour accompagner Jeff Hoyer au trombone mais
peut supporter toute la tension d'une pièce et la diriger vers telle
ou telle piste. Le plaisir d'écoute de cette musique n'a d'égal
que le plaisir des musiciens à la jouer et à la faire vivre. (SéM)
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Conference
Call
Spirals - The Berlin Concert
1 CD 482 Music
La
formation du saxophoniste allemand Gebhard Ullmann nous propose son troisième
opus, né d'une tournée réalisée en 2003. Les fidèles
compagnons d'Ullmann, Michael Jefry Stevens et Joe Fonda se sont retrouvés
autour du nouveau batteur du groupe George Schuller.
Le saxophoniste nous
disait que cet album représente sans aucun doute son meilleur enregistrement
live réalisé depuis très longtemps. L'écoute de
la musique ne contredit pas ses propos. Les musiciens parviennent ici à
développer un jeu d'une grande virtuosité et profondeur. Ullmann,
Fonda et Jefry Stevens se connaissent depuis de nombreuses années, leur
interaction et leur complicité musicales loin de produire des redites
favorisent un jeu toujours plus inventif, créateur de nouveaux espaces
et de sonorités tout autant enflammées. La musique emporte l'auditeur
dans un univers trépident dont il n'arrive à s'extraire qu'avec
re-gret. (sam)
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Chris
Cundy/James Dunn
Grace and Delete
1 CD Ochre Records
Chris
Cundy (clarinette basse) et James Dunn (électronique) se connaissent
depuis près de dix ans maintenant. Pourtant Grace and Delete est leur
premier album duo. Peintres tous les deux, ils fondent en 1997 un groupe expérimental
"Deep Room Ensemble" avec quelques-uns des membres du London Improvisers
Orchestra, dont Veryan Weston. De leurs collaborations respectives avec les
"ténors" de la scène anglaise (Evan Parker, Pat
Thomas, Charles Hayward, Rhodri Davies.), ils gagnent le sens de la structure
et de l'équilibre. Le jeu proposé sur Grace and Delete reflète
toute cette expérience acquise. Les improvisations, structurées
s'enchaînent sans jamais se perdre dans des voies sans issues. De fait
les deux musiciens construisent un climat, un terrain de jeu qu'ils maîtrisent
parfaitement, naviguent autour de la structure, s'en éloigne ou s'en
rapproche, tels des caboteurs curieux mais avec l'idée de rechercher
toujours au plus profond les sonorités capables de défier la logique
ou l'or-dre établi. Ce jeu entre construction et déconstruction
illustre le travail des deux anglais, il démontre aussi que la scène
anglaise électro-acoustique renferme en son sein un riche vivier capable
de proposer des pistes peu explorées par ailleurs. (SéM)
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Curlew
Mercury
1
CD Cuneiform
Que
ce soit à NYC ou à Minneapolis George Cartwright développe
- avec un souci permanent de se renouveler et de ne pas tomber dans la redite
- la formation Curlew, formation phare s'il en est des années 80/90.
Sur Mercury, publié chez Cuneiform, le saxophoniste américain
propose de mêler sonorités rock, jazz et funk pour donner des couleurs
nouvelles, des pistes de jeu sans limite à sa créativité.
Le musicien aime se remettre constamment en question, réfléchir
aussi sur la création contemporaine aussi bien en musique que dans l'art
en général. Mercury se présente donc comme une étape
dans cette réflexion toujours plus poussée sur la nature et l'évolution
de la matière. Si Fred Chalenor à la basse et Dean Granros à
la guitare arrivent à pousser au plus loin le jeu, à l'affranchir
de ses repères et de ses bases, les autres membres de l'équipe,
avec la confirmation de l'énorme talent du pianiste/claviériste
Chris Parker, n'est pas en reste. Dès l'ouverture avec la pièce
Still, l'auditeur sait qu'il va s'immiscer dans un univers spécial, et
la sauce "prend" indéniablement. Sur Song of Now qui clôt
l'album, l'ouverture de Dean Granros aux accents d'un free-country (?!!) savoureux
nous laisse une impression rare de bien être. Curlew demeure l'une des
formations les plus indispensables de la scène américaine. (SéM)
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Day
& Taxi
Private
1 CD PERCASO
Certains
ont pu dire : "Day & Taxi est Christoph Gallio et Christoph Gallio
est Day & Taxi". Formé il y a plus de quinze ans, ce trio représente
sans aucun doute la formation du saxophoniste qui lui permet le mieux d'essayer,
d'expérimenter, de triturer les sons et de s'adonner à ses envies
musicales les plus libres.
Private a été enregistré
en 2001 à Zürich avec le contrebassiste Daniel Studer et le batteur
Marco Käppeli. L'album regroupe des compositions écrites par Christoph
Gallio, le plus souvent en dédicace de personnes qui ont été
importantes pour lui. La musique se fait ainsi attentiste, souvenir, jeu en
mémoire ; les pièces semblent en quête d'une histoire commune
à réécrire ou à retranscrire avec les émotions
d'aujourd'hui. Les compositions sont, pour certaines, relativement brèves
mais elles livrent en quelques instants toute la substance et l'essentiel d'une
rencontre.
Un album-trace qui laisse beaucoup de place aux silences évocateurs,
aux notes en attente : l'économie se révélant parfois plus
parlante que des discours stéréotypés et répétés
inlassablement. (sam)
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Trio
Derome/Guilbeault/Tanguay
10 compositions de Jean Derome
1
CD Ambiances Magnétiques
Jean
Derome et Pierre Tanguay sont des collaborateurs de longue date. Musiciens polyvalents,
ils ont touché à tous les styles, mais leurs principaux faits
discographiques, les plus personnels du moins, documentent l'aspect le plus
radical de leur démarche.
Pourtant l'amour du jazz ne démord
pas. Avec Normand Guilbeault à la basse, les deux musiciens étiquetés
"actualistes" forment un trio culte du jazz à Montréal,
avec raison. Guilbeault est plus facilement associé à la scène
jazz, bien qu'il aime faire des détours par d'autres musiques, traditionnelles
ou actuelles, ou accompagner le chanteur Richard Desjardins.
10 compositions
de Jean Derome, réunit des pièces que le trio a progressivement
intégrées à son répertoire constitué aussi
de morceaux d'Ellington, de Mingus, comme de Lee Konitz. Ludique et enjouée
cette musique se laisse d'abord entendre comme un jazz plus conventionnel, mais
dangereusement imprégné de l'esprit tordu de ses créateurs.
Sobre, mais généreux, le trio nous entraîne dans les contrées
du swing, là où le plaisir est contagieux. Les trois instrumentistes
font encore une fois preuve de leur grande subtilité. Derome, en avant,
est irréprochable ; jouant sax baryton et flûte, c'est à
l'alto qu'il se montre le plus convaincant. Son jeu à la fois sensible
et calculé mesure l'excès et dose ses effets comme jamais, évoquant
tantôt Sonny Rollins par son emphase rythmique tantôt Ornette ou
Dolphy, mais conservant avant tout ses caractéristiques propres. Sachant
contrôler parfaitement les inflexions de son instrument sans jamais chercher
à en mettre plein la vue, Derome est fascinant, drôle et touchant
tout au long de l'enregistrement. Derrière ce souffle de fraîcheur,
la batterie de Tanguay, comme toujours, répand la joie et la liberté
avec une désinvolture et une musicalité uniques pendant que Guilbeault
tient la barre et parfume le tout d'une rondeur qui voudrait nous faire croire
que tout arrive si facilement. Disque de maturité pour trois musiciens
exceptionnels, 10 compositions est un grand disque de jazz. Tout sauf conventionnel,
en fait. (EN)
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Ernesto
Diaz-Infante/Matt Hannafin
All the States Between
1 CD Pax
Recordings
Le
pianiste, guitariste et bruitiste californien Ernesto Diaz-Infante poursuit
avec All the States Between ses duos virtuels avec les musiciens de la scène
underground new-yorkaise. Le principe est simple : enregistrer sur cassettes
des pistes qui seront ensuite proposées comme inspiration pour le partenaire
de jeu qui produira, de son côté, une substance sonore qui sera
ensuite mixée avec la matière de base. Pas de confrontation, ni
de longues discussions sur le sens de la musique ou son orientation mais l'idée
que le liant et la pertinence de jeu peuvent surgir d'un mixage et d'un travail
a posteriori. All the States Between symbolise la distance qui sépare
les deux musiciens. Ernesto Diaz-Infante a déjà expérimenté
avec succès cette forme de jeu, notamment avec le guitariste Chris Forsyth.
Matt Hannafin accepte ici l'exercice comme un défi. Son jeu aux percussions
ouvre des pistes nouvelles de. L'idée qui anime ce projet est que, de
l'éphémère et de l'aléatoire peut naître une
nouvelle dimension musicale ou un no man's land encore peu exploré qui
se doit d'être parcouru. Les perspectives sont immenses et les artistes
qui s'immiscent dans ces projets de véritables précurseurs. (SéM)
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Paul
Dolden
L'ivresse de la vitesse 1
1 CD Empreintes Digitales
L'ivresse
de la vitesse 2
1 CD Empreintes Digitales
Seuil
de silences
1 CD Empreintes Digitales
Empreintes
Digitales, étiquette montréalaise spécialisée dans
les musiques électroniques et électroacoustiques, entreprend cet
automne des fouilles dans l'ouvre surprenante du compositeur canadien Paul Dolden.
Voilà d'un coup ces trois CDs d'ouvres datant de 1984 à 1996,
"entièrement retraitées, remixées et remasterisées
par le compositeur en 2001-2002". La musique de Dolden est caractérisée
par l'utilisation de centaines d'enregistrements instrumentaux et vocaux combinés
en couches multiples. En matière de musique acousmatique, son ouvre est
singulière puisque l'utilisation de sources instrumentales s'adjoint
à un sens aigu de l'orchestration et place la musique aux antipodes des
"musiques de bruits" que suggère souvent l'acousmatique. On
pourrait peut-être parler d'une approche symphonico-numérique où
Stravinsky et Xenakis reviennent en écho, machinés dans une hybridation
maximale des styles. Les ouvres mixtes du compositeur (avec François
Houle à la clarinette et Peggy Lee au violoncelle, entre autres) font
particulièrement preuve de sa sensibilité musicale et nous entraînent
dans des moments d'intensité incroyables. Ce petit survol de l'ouvre
de Dolden démontre admirablement la singularité de son langage
(et son importance) qui, tout en s'approchant d'un discours symphonique radicalisé,
ouvre la porte aux influences du jazz, du rock et des diverses possibilités
venues de l'électrification et de la capture du son. Une ouvre à
découvrir d'urgence. (EN)
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Ehinger,
Lindemann, Pitteloud
ELP
1 CD Unit Records
Le
label Unit Records nous présente une série de pièces improvisées
en concerts ou en studio par Philippe Ehinger - clarinettes, François
Lindemann - piano, fender-rhodes - et Raphaël Pitteloud - tablas, percussions.
Cet album souligne la qualité des improvisations et leur authenticité,
chaque fois que des musiciens se réunissent, sans idées préconçues,
pour jouer une musique libre, empreinte d'écoute et d'attention aux autres.
Forte
de ces convictions, la musique progresse et s'invente des espaces sonores insoupçonnés
et impressionnants par leur intensité et leur caractère hypnotique.
ELP savoure les moments de complicité et de rencontres qui livrent quelques-uns
des secrets de l'essence de la création réalisée dans l'instant.
Un projet qui emporte l'adhésion, sans conteste, sans fard, ni supercheries.
(sam)
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Ekkehard
Ehlers
Politik braucht keinen feind
1 CD Staubgold
Après
avoir réalisé un album Plays très apprécié
par l'ensemble de la critique et par le public qui rendait hommage à
plusieurs auteurs de tous horizons dont Albert Ayler et John Cassavetes, Ekkehard
Ehlers nous propose un enregistrement laissant une large place aux manipulations
électroacoustiques. Entièrement de son cru, cet album présente,
à travers les pièces Mäander et Blind, des introspections
à partir de sons de clarinette basse et de violoncelle. Les réappropriations
et triturations qu'il nous livre se jouent de pistes répétitives,
d'éléments altérés et de phrasés réorchestrés.
L'ensemble
reflète le travail accompli dans ce registre depuis plusieurs années
par le musicien ainsi que la maturité à laquelle il est parvenu
dans ses explorations sonores. Avec Politik braucht keinen feind, l'auditeur
pénètre dans un univers qu'il ne connaît pas encore suffisamment.
Pourtant, très rapidement, les pièces l'imprègnent et l'amènent
à profiter sans retenue de ces moments sonores offerts.
Les sons sont
ténus, les phrasés fragiles, les créations subtiles : l'électroacoustique
s'invente ici des espaces à cultiver et à approfondir afin d'apporter
à la musique contemporaine une authenticité trop souvent décriée
à tort. (sam)
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Dietrich
Eichmann/Jeff Arnal
The temperature dropped again
1 CD Leo
Records
L'improvisation
est le meilleur exercice qu'un compositeur puisse pratiquer pour savoir où
il en est dans sa musique. Pour Dietrich Eichmann et Jeff Arnal la musique n'a
d'intérêt que si elle révèle les sentiments, la tension
et la passion des hommes qui la bâtissent. Cette idée force est
à la base de ce duo qui s'avère être à l'origine
d'une véritable réflexion sur la création contemporaine.
Enregistrée d'une traite à Baden Baden en décembre 2002
et livrée brute, sans mixage ni retouches intempestives, la musique présentée
sur the temperature dropped again, résume les intérêts des
deux interprètes pour la création dans ce qu'elle a de plus noble
et de plus sincère. Aucune retenue ni prédisposition esthétique,
la musique coule comme un fleuve capricieux, se jouant des obstacles placés
ça et là pour retenir sa pulsion naturelle. Dès lors la
musique prend son envol, construit son propre langage, son vocabulaire qui s'enrichit
d'autant plus qu'elle chemine, qu'elle se grave sur la platine.
Pour Dietrich
et Jeff la recherche de la musicalité l'emporte sur toutes les références
techniques ou les artifices fédérateurs, but avoué, elle
renvoie du créateur cette image qui tend à s'estomper de fragilité
et d'opiniâtreté. (SéM)
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L'ensemble
en pièces
Jardin d'exil
1 CD Ambiances magnétiques
Ambiances
Magnétiques lançait cet automne une nouvelle étiquette
consacrée au jazz. Leur première parution mise sur l'Ensemble
en Pièce, jeune groupe jazz montréalais, travaillant des compositions
originales du saxophoniste Philippe Lauzier et du très doué pianiste
Alexandre Grogg. Le jeune groupe prometteur, nous offre un album doux
et calme aux arrangements originaux, alliant lyrisme, fanfare et improvisations
risquées. Ce sont surtout les thèmes et les arrangements qui sont
frappants, conférant au groupe un son chaud et particulier. La musique
est posée et les solistes y sont un peu trop discrets. Malgré
tout, ce disque comporte un large spec-tre d'influences qui lui confère
une originalité certaine et qui le place bien loin des jeunes néo-boppers.
Ces musiciens sont excellents, étonnament dans l'aspect le plus associé
à la maturité : l'arrangement et la texture. Ils devraient maintenant
laisser davantage jaillir la fougue de leur jeunesse, une étincelle qui
nous ferait oublier les quelques maladresses. Personne n'est parfait. (EN)
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Avram
Ferfer
Shades of the muse
1 CD CIMP
Tom
Abbs & frequency response
Conscription
1 CD CIMP
L'étiquette
américaine CIMP (creative improvisation music projects) est une de ces
boîtes (elles ne sont pas si nombreuses) qui possèdent une personnalité
forte, appuyée sur une position éditoriale solide : tout y est
enregistré sur deux pistes, pas de retouches, pas de compression, ni
d'égalisation. La musique telle que jouée. Héritiers du
free jazz des années 60, musiciens créatifs aux univers multiples,
adeptes du polyfree (selon l'expression de Lacy), les musiciens de qualité
qui gravitent autour de l'étiquette sont autant de véritables
légendes de l'improvisation que de talents des générations
suivantes. Assurément, on (re)dé-couvre des artistes qui
savent le plus souvent nous offrir des ouvres puissantes, maîtrisées
et personnelles.
Certains auront découvert Avram Fefer au Festival
International de Jazz de Montréal cet été ; d'autres connaissent
déjà ses aventures européennes ou ses divers projets, parfois
très électriques. Sur Shades of the muse, c'est accompagné
d'un très beau quartette acoustique qu'il interprète quelques-unes
de ses compositions. Suite de thèmes savamment construits où les
clarinettes et saxophones du leader s'entrelacent avec le violoncelle de Thomas
Ulrich, l'album s'ouvre sur une référence justifiée à
Archie Shepp (Shepp in wolves' clothing). Enjoué et positivement léger,
malgré l'assiduité des improvisations, cette stimulante session
est soutenue par une section rythmique solide composée des excellents
Ken Filiano à la contrebasse et Jay Rosen à la batterie. Un pur
bonheur.
CIMP propose aussi cet automne le nouvel album du prolifique contrebassiste
Tom Abbs. L'instrumentation est semblable à celle du groupe de Fefer
: Brian Settles (sax et flûte), Okkyung Lee (violoncelle) et Chad Taylor
(batterie, vibraphone). Là encore, nous avons droit à des moments
exceptionnels d'improvisation, mais l'énergie y est plus lourde. Le bassiste
fait preuve de polyvalence et d'intensité, passant de l'archet au tuba,
de l'aridité à la simplicité avec, en réminiscence,
le son d'une fanfare Aylerienne. (EN)
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Fjellestad/Kowald/Reason/Robinson
Dual
Resonance
1 CD Circumvention Music
Cet
enregistrement, publié sur le label du très actif saxophoniste
californien Jason Robinson, est tout d'abord un disque hommage au contrebassiste
allemand Peter Kowald, trop tôt disparu à NYC en septembre 2002.
Mais il démontre aussi que le bassiste était un artiste unique
capable de s'adapter et de donner vie à la musique dans toutes les structures/formations
qu'il rejoignait. Rare sont les artistes capables de s'immiscer avec une telle
facilité dans des projets aussi divers que ceux qui l'ont guidé
sa vie durant. Passionné, avide de partager sa musique et sa conception
de la vie, Peter Kowald en était devenu très apprécié
et recherché sur les scènes créatives d'Europe et d'Amérique.
Dual
Resonance propose deux volets. Le premier comprend des prises jouées
avec le contrebassiste lors de sa tournée californienne d'avril 2000.
Le second inclut des pièces enregistrées en mémoire du
musicien allemand par le saxophoniste Jason Robinson et les pianistes Hans Fjellestad
et Dana Reason.
D'autres traces phonographiques - vieilles bandes sorties
des tiroirs - de l'univers bâti par le contrebassiste paraîtront
ici ou là. Celle qu'il nous est permis d'écouter aujourd'hui fait
partie de ces moments qui resteront, donc essentiels. (OR)
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Ingebrigt
Haker Flaten
Double Bass
1 CD SOFA
Difficile
pour un jeune musicien que le solo. Le contrebassiste norvégien Ingebrigt
Haker Flaten nous démontre, avec Double Bass, une facette de son travail
sur l'instrument. Les morceaux proposés sur cet enregistrement sont issus
de trois prises studio réalisées entre décembre 2002 et
mai 2003. Le musicien a donc pensé sa musique dans le temps avec ce souci
permanent de faire vivre l'instrument. Sur The Toy of German Bowing, il tire
toute la substance de sa contrebasse, la triture, l'étire, la malmène
pour en faire ressurgir toute la sève. Que ce soit pizzicato ou à
l'archet, Ingebrigt fait preuve d'une technique et d'une maîtrise impressionnantes.
Plus rare, il construit des pièces homogènes, part d'une idée
qu'il prolonge jusqu'à une hypothétique limite qu'il repousse
avec une étonnante facilité. La scène européenne
devra désormais compter sur ce jeune musicien talentueux. (SéM)
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Joe
Fonda et Gilbert Isbin
Blisters
1 CD Jazz'halo
Le
prolifique label Jazz'halo nous présente la rencontre de deux musiciens
obsédés par les recherches et les explorations acoustiques les
plus inventives et suggestives : Joe Fonda et Gilbert Isbin. Le contrebassiste
et le guitariste s'adonnent à des tentatives sonores qui questionnent
des facettes aux consonances plurielles et aux mélanges goûteux.
Loin des standards éprouvés et éprouvants, la musique se
livre à une aventure humaine qui semble nous plonger dans des territoires
inconnus, lointains et captivants. L'auditeur se sent comme happé par
ces sonorités à partir desquelles les musiciens parviennent à
inventer des ailleurs pleins de promesses. Un moment très précieux.
(sam)
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The
Fonda/Stevens Group
Twelve Improvisations
1 CD Leo Records
Créé
en 1993, le Fonda/Stevens Group a connu une relative évolution tant au
niveau des musiciens différents qui s'y sont succédé, que
de la musique qui parvient à se renouveler et, tout en gardant à
l'esprit l'exigence propre aux musiques créatives, à proposer
des pistes encore inexplorées. Cette longévité du groupe
tient sans aucun doute à la foi de Joe Fonda et de Michael Jefry Stevens
; leur énergie et leur volonté de laisser s'exprimer des musiques
libérées des propos convenus et par trop faciles transparaissent
à chacune de leurs prestations et sur les sept albums à l'actif
de la formation.
Avec ce nouvel opus, le Fonda/Stevens Group s'adonne à
un moment totalement improvisé : une première. Le résultat,
tout à la fois surprenant (par les échanges et les mélanges
complexes créés par les musiciens) et attendu (les musiciens empruntent
depuis longtemps et exclusivement des voies sans concession), ravira les passionnés
d'instants où la musique redevient enfin un vecteur de communication,
d'émotion et de partage avec le public. (sam)
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Fred
Frith/Keep the Dog
That house we lived in
2 CDs RER/FRA
La
publication de cet enregistrement peut être considérée comme
un évènement en soi. Tout d'abord parce que la formation Keep
the Dog, réunie en 1989 par le guitariste Fred Frith, demeure l'une des
plus fortes en terme de jeu et de créativité du musicien anglais.
Ensuite parce qu'aucun enregistrement n'avait matérialisé le jeu
produit par les six musiciens. Jean Derôme et René Lussier forment
depuis quelques temps maintenant la charnière de la musique créative
québécoise. Charles Hayward, Bob Ostertag, Zeena Parkins et Claudia
Engelhart ont, dans leur registre respectif, influencé la musique libre
des dernières années. Keep the Dog ne pouvait dès lors
que proposer un vaste champ d'inspiration collective. Enregistré en 1991
en Europe (Allemagne, Italie, Autriche), ce double album est bâti comme
un concert en deux sets. Les liner notes précisent que la musique produite
par cette formation est différente à chaque fois, pas forcément
en raison de la forme de jeu improvisée mais aussi en raison des conditions
de jeu et des instruments utilisés. Dès lors, l'auditeur ne peut
que mesurer la chance que lui procure la découverte d'une telle musique.
Rare et précieuse, elle demeure un fantastique témoignage de la
créativité de ces musiciens hors pair. (SéM)
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Lutz
Glandien
Lost in Rooms
1 CD ReR
Les
mots, avec leur portée expressive, significative mais aussi avec tous
les non-dits qu'ils cachent parfois derrière des apparences trompeuses,
fondent cet album.
Les essais déconstructivistes plongent l'auditeur
dans un univers chaotique. Le mystère, le questionnement et le doute
semblent au cour du voyage initiatique offert par Lutz Glandien dans un essai
fantasque proche d'une transe d'essence faustienne. Le compositeur s'approprie
les mots et les paroles des narrateurs puis mélange le tout pour parvenir
à ce résultat captivant et hypnotisant, né d'un travail
sur une musique qu'il avait écrite pour un projet autour de la danse
en 2001. Cet appel des mots mis en musique, trituré dans un élan
créatif, répétitif et fantastique, interroge sans cesse
l'auditeur.
Lost in Rooms regroupe une série de pièces relativement
brèves qui marquent par leur lyrisme, leur poésie et leur quête
transcendante d'un monde parallèle ; un monde qui ne devient accessible
que lorsque notre regard s'émancipe d'une vision par trop dirigée
et dirigiste. (sam)
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Burton
Greene
Live at Grasland
1 CD Drimala records
Le
nom de Burton Greene n'évoque peut-être que peu de choses pour
les nouvelles générations de musiciens. Et pourtant, le pianiste
américain a accompli une carrière pleine. Né en 1937 à
Chicago, le musicien forme, dès le début des années 60,
avec Alan Silva, le Free Form Improvisation Ensemble et prend une part active
dans la Jazz Composer Guild, institution destinée à soutenir et
promouvoir le free jazz et les musiciens qui entreprennent d'en jouer. Il côtoie
ainsi Marion Brown, Rashied Ali, Sam Rivers puis fréquente de plus en
plus les scènes européennes. Il s'installe définitivement
aux Pays-Bas au début des années 70.
Live at Grasland, album
solo du pianiste a été enregistré en novembre 2002. Burton
Greene n'avait pas pratiqué cette forme de jeu en vue d'un enregistrement
depuis de nombreuses années. Le disque est donc en quelque sorte un petit
évènement. Il démontre surtout que le vétéran
américain n'a rien perdu de sa verve, que l'expérience glanée
au fil des ans lui permet de structurer son jeu, de partir dans les dérivations
les plus audacieuses sans pour autant perdre l'essence de la musique. Ne dit-il
pas que, pour lui, jouer free signifie aussi être libre de jouer Mozart
? La manière avec laquelle Burton Greene parvient à captiver n'a
que peu d'égale (voir notamment l'interprétation de la pièce
Angels de Perry Robinson). On ne peut rester insensible à cette musique
qui doit figurer en bonne place dans toute discothèque qui se respecte.
(SéM)
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Griot
Galaxy
Live at the DIA 1983
2 CDs Entropy Stereo
Le
Griot Galaxy est né au début des années 70, à Détroit,
autour de cinq musiciens inscrits en dehors du courant "traditionnel".
Faruq Z. Bey, le catalyseur, à l'origine de cette expérience réunit
autour de lui deux saxophonistes, Anthony Holland et David McMurray, ainsi qu'une
rythmique composée du contrebassiste Jaribu Shahid et du batteur Tani
Tabbal. Cette formation, influencée par les travaux de l'AACM et par
Sun Ra, s'est vite imposée par son audace et son désir d'ouvrir
de nouvelles voies, de dépasser les cadres existants. A l'écoute
de cet enregistrement live de 1983, on peut dire sans peine que ces musiciens
étaient en avance sur leur époque, et d'un certain côté,
ils le sont toujours. Pourtant peu de traces nous sont restées, car chaque
musicien vivait cette expérience comme un échange direct avec
l'auditeur, sans souci d'inscrire cette musique dans l'histoire ou dans le temps.
En 1989, alors que la formation atteint une reconnaissance populaire sans pareille,
un coup du sort, avec la blessure grave de son leader charismatique, Faruq Z.,
viendra dissoudre le groupe. On comprend dès lors l'importance du travail
de Mike Khoury, du label Entropy Stereo, avec l'édition de ces traces
rares, car elles démontrent toute la puissance d'un jeu empreint à
la fois de poésie et de violence, mélange qui correspond aussi
à la réalité d'une époque. (SéM)
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La
Grosse Couture
Patchwork
1 CD GC
Tricoteurs
de sons, saltimbanques inspirés par l'éveil du public, la Grosse
Couture est de ces voyages où règne la bonne humeur. Les joyeux
compères nous livrent une musique exigeante mais avant tout festive qui,
comme tout ouvrage de patchwork, mêle les genres, les intentions et les
influences pour recréer un tout original et innovant.
Patchwork est
un album, nous indique-t-on, plus spécialement dédié à
la scène après de longues années consacrées à
la musique de rue. Pourtant, c'est encore cet esprit en mouvement perpétuel
qui se dégage de cette musique. Les couleurs furibondes, les délires
incongrus, les compositions endiablées liant le jazz, les musiques du
monde et les univers sonores les plus inconcevables sont les fils conducteurs
des sept musiciens.
Une musique qui ne passera pas inaperçue et qui
rompt avec toutes les créations proposant un discours stéréotypé,
stérile et par trop sérieux. (sam)
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Grydeland/Kluften/Lovens
These
Six
1 CD Sofa
Ivar
Grydeland à la guitare et au banjo, Tonny Kluften à la contrebasse
et Paul Lovens à la batterie : un trio original pour une musique spéciale.
On connaît les trois musiciens pour le travail incessant qu'ils accomplissent
dans les sphères des musiques créatives. Ils sont de tous les
projets où l'aventure musicale s'annonce féconde, sans compromission
et sans détour.
Tels sont les éléments qui transparaissent
dans cet échange à trois voix où les improvisations gardent
leur essence de "compositions instantanées", qui certes pourraient
paraître fugaces, mais qui, loin de là, imprègnent l'auditeur
par leur phrasé subtil et attentif.
Le label Sofa nous présente
ainsi un nouvel enregistrement dédié au jeu improvisé :
un pari audacieux et néanmoins essentiel qui permet de garder en mémoire
ces instants fragiles et uniques dont le risque majeur reste de les perdre définitivement.
(JP)
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George
Haslam/Paul Hession
Pendle Hawk Carapace
1 CD Slam
George
Haslam et Paul Hession : les musiciens se connaissent depuis le début
des années 80. Pourtant l'idée de ce duo ne s'est imposée
à eux que très récemment, sans doute grâce à
l'"Anglo-Argentine Jazz Quartet" qui les réunit. Pour cette
circonstance, les musiciens se sont retrouvés au Pendle Hawk Studio.
La connaissance qu'ils ont l'un de l'autre fut l'occasion de pousser jusqu'à
leurs derniers retranchements les explorations musicales. Le lieu était,
sans nul doute, favorable à de telles audaces ; il fut une source d'inspiration
pour cette musique revendiquée comme avant tout improvisée, spontanée
et libre. Le programme est copieux, son déroulement ne nous déçoit
pas. George Haslam et Paul Hession savourent cette aventure musicale et abandonnent
l'auditeur à un moment d'écoute d'une rare intensité et
fécondité. Ce duo, pensé et envisagé depuis
des années, n'en est que plus prolixe. Une réunion qui ne demande
qu'à se réaliser de nouveau, pour le plaisir de tous. (JP)
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John
Heward trio
Let them pass (Laissez-passer)
1 CD Drimala records
John
Heward est un personnage atypique de la scène montréalaise des
musiques improvisées. À la fois peintre et batteur, il a côtoyé
plusieurs générations d'improvisateurs : Rainer Wiens, Jean Derome,
Tristan Honsinger, Malcolm Goldstein, Paul Bley, Steve Lacy, en plus de la jeune
scène active autour de la Casa Del Popolo (Sam Shalabi, Alex St-Onge,
etc). Batteur au jeu texturé et très ouvert, il se définit
comme un percussionniste non-rythmique, s'obstinant à construire des
espaces mouvants ; la transformation du rythme. Pour Let them pass (laissez-passer),
son premier album en tant que leader, Heward s'est entouré de Mike Bisio
à la contrebasse et de Joe Giardullo aux anches. Musique très
expressive et intuitive, les pièces du trio oscillent entre les formes
blues les plus crues et la musique contemporaine avec une énergie venue
du free jazz le plus authentique ; bien loin du free "repiqué"
de certaines troupes new-yorkaises (ou françaises) d'avant-garde. C'est
sans doute ce qui fait que ce free jazz, peut-être un peu old school,
est très ouvert et accessible à la fois. À conseiller aux
amateurs de souffle vivant, d'énergie et de timbres. (EN)
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Nathan
Hubbard
Born on Tuesday
1 CD Circumvention music
Si
Nathan Hubbard est connu chez nous pour ses travaux avec George Lewis, Anthony
Davis et le Cosmologic 4tet, on découvre avec curiosité cet album
solo. Batteur engagé dans les voies de l'improvisation libre, mais pas
uniquement, il démontre sur Born on Tuesday l'étendue de son univers,
sa capacité à créer une gamme de sons et à dériver
dans une exploration sans véritable limite. D'un point de vue technique,
Nathan Hubbard utilise une batterie classique mais aussi toute une palette d'effets
électroniques (ordinateur, echoplex, samples). De fait sa capacité
de construction s'en retrouve multipliée à l'infini. Born on Tuesday
est né d'un défi, lancé en 2002, de jouer et d'enregistrer
une fois par mois. Chaque expérience s'inscrit com-me une étape
dans l'introspection artistique du californien, un moyen de cerner ses limites
pour les surpasser. Born on Tuesday ne présente pourtant pas de pièces
jouées live mais pensées suite à ces expériences
de jeu. L'auditeur en devient dès lors un acteur/voyeur puisqu'il assiste
à ce travail de recherche sur les formes et les couleurs. Le concert
solo restera de par la tension naturelle qu'il fait naître chez celui
qui le pratique, un témoignage rare sur la construction d'une identité
artistique. C'est en cela que cet album est essentiel, ne serait-ce que pour
la découverte d'un musicien engagé et sincère. (SéM)
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André
Jaume
Le Collier de la Colombe
1 CD CELP
Le
collier de la Colombe est un appel à la terre, un parcours initiatique
qui ne laisse pas indifférent. "Raconté : je pars, je vais,
je quitte, je survole les mers et franchis les montagnes. J'ai regardé
le vent, écouté les forêts. Ici sont les Colombes",
dit Gérard Siracusa sur le premier livret de cet album enregistré
en 1977 et publié alors par la maison de disque Palm. Pour André
Jaume cet album a plus qu'une valeur symbolique. Improvisations dans l'instant,
le musicien se confie, nous raconte son histoire, sa passion pour la vie, cette
vie qui s'écoule tout au long du Guadalquivir, fleuve ibère qui,
tout en sillonnant les terres, nous offre une vision plurielle, un négatif
de la destinée des hommes. André Jaume a posé les fondations
de l'improvisation sur la scène jazz française. Par ce regard
toujours ouvert, par cette envie de partage, il demeure un artiste au sens le
plus noble, désintéressé et libre. (SéM)
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Sven-Ake
Johansson/Rudiger Carl/Joe Williamson
Hudson River
1 CD Grob
Rudiger
Carl et Sven-Ake Johansson se connaissent depuis de nombreuses années
maintenant. Leurs rencontres musicales sont rarement dénuées d'intérêt.
Tel est le cas ici avec ce Hudson River enregistré en no-vembre 2001.
Rejoints par le jeune contrebassiste Joe Williamson, les deux hommes proposent
ici un hommage à NYC après les évènements tragiques
de la fin d'été 2001. Ce qui surprend sur Hudson River, c'est
avant tout le climat qui se dégage de cette musique. La voix de Sven-Ake
est une recherche permanente d'accentuations et de prononciations poussées
à l'extrême. L'accompagnement minimaliste au piano et à
la contrebasse a pour effet de renforcer ce désir de (fausse) clarté
car le but recherché est ailleurs. Les musiciens, tout en gardant l'esprit
de ces standards de la culture américaine (chaque pièce a pour
résonance NYC), dénoncent aussi les travers de l'après
crise, à savoir la censure opérée sur plus de 1500 chansons
du répertoire pop/rock/jazz pour leur thématique ou/et paroles
pouvant rappeler, de près ou de loin les évènements du
11 septembre. Les trois musiciens réussissent ce pari en treize standards
et 33 minutes. (SéM)
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The
Jeff Kaiser Ockodektet
13 Themes for Triskaidekaphobic
1 CD
pfMENTUM
Le
trompettiste californien Jeff Kaiser nous propose, sur son label pfMENTUM, un
aperçu de son travail avec les grands ensembles. 13 Themes for Triskaidekaphobic
réunit dix-huit musiciens dont quelques figures telles Vinny Golia et
Ernesto Diaz-Infante, plus un large panel de la scène californienne indépendante.
On doit saluer d'une part le parti pris de se consacrer à la musique
pour ensemble, devenue trop rare pour des raisons économiques évidentes
et d'autre part de présenter une musique où la thématique,
la peur du chiffre 13, laisse place à des pièces parfois d'aspect
sombre mais non dénuées d'humour. Humour qui s'illustre notamment
dans le choix du titre de l'album, puisque un triskaidekaphobique est une personne
souffrant de la phobie du chiffre treize ! d'où les treize thèmes
proposés ici, joués d'une traite en 1 heure 13 minutes et 13 secondes
!! Au-delà de cet aspect anecdotique, cette musi-que prend une place
à part entre les grands ensembles de Vinny Golia et d'Alan Silva, elle
démontre en tout état de cause que la musique pour ensemble ne
se résume pas en des pièces bien léchées. Jeff Kaiser
excelle non seulement dans la mise en ambiance, dans la création des
climats, mais aussi dans l'utilisation du potentiel de chaque musicien.
Chapeau ! (SéM)
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Nikola
Kodjabshia
Reveries of the Solitary Walker
1 CD ReR
Imprégnées
par le chant traditionnel byzantin Bogorodichen Tropar, les pièces de
cet album subliment la qualité et la sensibilité musicales de
Nikola Kodjabashia. Une musique baignée par un lyrisme à fleur
de peau, des notes ténues, des sonorités retenues, des espaces
esquissés avec subtilité. L'album se révèle être
un véritable joyau pour l'auditeur. Il l'entraîne au cour des rêveries
du promeneur solitaire (référence au texte de Jean-Jacques Rousseau
- Une référence toutefois assez lointaine, seul l'esprit de l'essai
étant à reprendre ici) ; ce promeneur qui sommeille en nous, celui
qui nous définit et que nous recherchons pour sa tempérance. En
quête d'une sérénité à exacerber et à
transcender, le pianiste développe un jeu où poésie, féerie
et songes trouvent leur plus belle parure. Rarement un album aura permis de
souligner avec autant d'éclat la richesse musicale et la profondeur expressive
d'un artiste. Nikola Kodjabashia a étudié la composition avec
notamment Ligeti, ceci explique peut-être cela. (sam)
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Peter
Kowald
Global Village
1 CD free elephant
Nouveau
label de musique improvisée, free elephant se propose de poursuivre le
courant artistique développé par le contrebassiste allemand Peter
Kowald, récemment décédé. Le premier album
reprend des pièces enregistrées par Peter avec sa formation Global
Village. (Xu Feng Xia et Gunda Gottschalk). Dix-huit mouvements sur lesquels
des invités (le DJ japonais Otomo Yashihide, le musicien coréen
Jin Hi Kim et la chanteuse américaine Pamela Z) viennent apporter des
couleurs nouvelles.
Pour Peter Kowald la musique était un fabuleux
vecteur de communication interculturelle, un moyen de partager des affinités
communes. De fait, toutes les influences, traditionnelles, modernes avaient
leur place et pouvaient offrir matière à dérivation. On
ne peut que saluer le travail entrepris par free elephant car il participe à
la reconnaissance d'un mouvement artistique rare. (SéM)
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Christof
Kurzmann
The Air between
1 CD Charmiza
Ce
projet est né d'une commande faite par le Donaufestival au musicen autrichien
Christof Kurzmann d'écrire une pièce nouvelle pour l'édition
2003. L'idée de départ était de revenir sur les travaux
passés pour en réaliser une synthèse ; mais l'actualité
récente - la guerre en Irak - en a décidé autrement. Christof
Kurzmann fait partie des artistes qui se sont opposés à l'intervention
américaine. The Air between symbolise cette résistance artistique
à toutes les décisions prises en l'absence totale d'objectivité
et de légitimité. Le musicien autrichien reste cependant pris
par ce paradoxe simple qui veut qu'une majorité déterminée
ne l'emporte pas forcément sur une minorité décidée.
D'où cette idée de lutter pour affirmer ses convictions tout en
sachant qu'elles n'auront pour résonance que la conscience d'une opposition
juste. Chriftof Kurzmann laisse ainsi sa musique s'imprégner de cette
actualité. Il bâtit de fait, par des boucles incessantes, une atmosphère
sombre mais dans laquelle transparaît un brin d'espoir, celui de la mobilisation
humaine contre l'évidence d'une intervention. The Air between nous
dit le musicien "est une image du premier jour de guerre, lorsque les raids
aériens étaient rares et pas encore véhéments et
désastreux". Une mu-sique entre espoir et désespoir. (SéM)
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Kyriakides/Moor
Red
v Green
1 CD Unsounds
Andy
Moor et Yannis Kyriakides jouent ensemble depuis cinq ans. Un mariage de guitare
préparée et d'effets électroniques bâti sur des sonorités
minimalistes dont la répétition intempestive finit par pénétrer
l'auditeur et le faire entrer dans un univers à la fois épuré
et brut. Le guitariste Andy Moor a ouvré avec des groupes comme the Ex
et des musiciens comme John Butcher. Ces références permettent
de mieux situer le personnage. Moor développe un style très particulier
sur son instrument ; les essais sonores, les créations de l'instant,
les constructions musicales sont toujours inattendues et enthousiastes. Point
de clichés, fi des phrasés surannés, l'improvisation se
veut recherche au plus profond de soi, en interaction totale avec Yannis Kyriakides.
Les cinq pièces présentées ici sont le fruit de sessions
d'improvisation jouées en 2003. La spontanéité et la fraîcheur
dans l'expression musicale qu'elles révèlent, annoncent des possibilités
sans fin. (sam)
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Yannis
Kyriakides/VeenFabriek
The Thing Like Us
1 CD Unsounds
Passionnante
réalisation que cette musique de Yannis Kyriakides écrite, à
l'origine, pour la production VeenFabriek avec comme fil directeur le thème
: Spinoza - I am not where I think myself to be. Ce projet nous plonge, dans
la première pièce Affectio, directement au cour de la philosophie
de Spinoza et de ses démonstrations d'une extrême rigueur et exemplarité
quant à l'origine et la nature des sentiments (Ethique - Partie III).
Basée sur la définition générale des sentiments
selon Spinoza ("Par sentiments, j'entends les affections du corps, par
lesquelles la puissance d'agir de ce corps est augmentée ou diminuée,
aidée ou contenue, et en même temps les idées de ces affections"
- Ethique, Partie III, Définitions III), cette pièce, déclinée
en 48 sections, soit 48 définitions de sentiments et d'affections (citons
parmi les plus fameuses : le désir, le plaisir, l'aversion ou encore
la haine) proposées par Spinoza, s'apparente par sa forme et sa structure
à l'oeuvre du philosophe ("clarté de la pensée et
niveau d'abstraction du langage fonctionnent comme la musique", nous précise
le musicien).
Le seconde pièce de l'album Epistola s'inspire de la
conception spinozienne du libre arbitre (Lettre de Spinoza à G.H. Schuller)
: "Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder
et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits
et ignorent les causes qui les déterminent". Une liberté
souvent simple illusion, une impression superficielle de libre agissement quand
une réflexion plus approfondie nous montrerait la réalité
et la causse réelle de notre action : forte de ces préceptes,
la voix de Carola Arons emplit l'espace musical, livrant à l'auditeur
le contenu de cette lettre et le poussant à interagir.
Rares sont
les projets reposant sur des thématiques aussi précieuses et éclairantes.
Yannis Kyriakides, grâce à son interprétation musicale réussie
des idées spinoziennes, nous réconcilie avec une philosophie trop
souvent occultée : celle qui se construit au cour de nous tout en s'éloignant
des théories exposées par de pseudo philosophes très médiatisés
à qui nous pourrions donner comme conseil de bien vouloir les garder
pour eux. (sam)
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Joëlle
Léandre - Gianni Lenoci
Sur une balançoire
1
CD Ambiances Magnétiques
Ensemble
SuperMusiqueCanevas
"+"
1 CD Ambiances Magnétiques
Parmi
la foisonnante rentrée d'Ambiances Magnétiques, je retiens deux
disques particulièrement pertinents au catalogue de l'étiquette
qui a définitivement le vent dans les voiles.
Heureuse rencontre
entre le pianiste Gianni Lenoci et la contrebassiste Joëlle Léandre,
Sur une balançoire est formé de quatorze improvisations savoureuses.
Loin des ambiances percussives souvent privilégiées par la contrebassiste,
la musi-que est ténue et dénote une grande finesse d'exécution.
Ces quatorze pièces courtes et diversifiées sont une série
de petits bibelots sonores où perlent les notes du piano entre les glissandi,
la langueur et les coups de la contrebasse. Une musique belle et méditative
qui sait réconcilier la musique classique, le jazz et l'improvisation
libre, subitement et subtilement, en échappant à toutes les étiquettes
et en se servant au maximum du potentiel des instruments. Lenoci est, selon
moi, une découverte, un pianiste à part et Joëlle Léandre
nous offre ici un aspect délicat de son imposante présence sonore.
Sur une balançoire est une suite rêvée qui ne touche pas
le sol et qui va librement dans l'air. Un coup de cour.
Canevas "+",
regroupe des extraits de cinq concerts d'un ensemble à géométrie
variable enregistré entre 1998 et 2004. L'ensemble SuperMusique, c'est
avant tout l'éternel trinité féminine des productions SuperMusique
: Danielle Palardy-Roger, Diane Labrosse et Joane Hétu. Connues comme
le trio Les Poules, elles fêtent cette année leur 25 ans de création
commune. L'ensemble regroupe autour d'elles une dizaine de musiciens habitués
ou de passage : Jean Derome, Lori Freedman, Martin Tétreault, Chantal
Dumas, Lee Pui Ming, Pierre Cartier, Sam Shalabi, etc. À chaque
fois, une formation différente et une musique différente. Entre
les pièces de textures et de râlements et les chansons, s'insinue
une musique instrumentale riche en trouvailles, en spontanéité.
La musique d'un grand ensemble improvisé n'est certes pas parfaite
et juste, elle s'inscrit dans des mouvements de masses sonores, de risques individuels
et collectifs. Bien qu'elle tisse des ponts entre diverses pratiques con-temporaines,
la musique d'improvisation pour ensemble ne convint pas encore tous les mélomanes.
Elle offre par contre un modèle inégalé, un espoir
qui fait croire en certaines formes de démocratie, avec ici un esprit
festif réjouissant. Ça fait du bien. (EN)
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Léandre/Marguet/Maneri/Ryan
For
Flowers
1 CD Leo Records
Fruit
d'un enregistrement live réalisé en 2001 aux festivals d'Orléans
et de La Villette, cet album réunit quatre improvisateurs hors pair.
Joëlle Léandre affectionne les musiques percussives, les sonorités
frappées, les essais sonores qui laissent une large place à l'énergie
et qui permettent aux musiciens d'aller toujours plus loin dans la découverte
de leur instrument. La contrebassiste, entourée du batteur Christophe
Marguet, du violoniste Mat Maneri et de Joel Ryan à l'électronique
s'en donne à cour joie pour développer ses attentes et ses exigences
musicales.
L'introduction de l'électronique réorchestre et
donne un sens nouveau au jeu déployé par les trois instrumentistes.
For Flowers s'inscrit comme un album sans concession où les envies de
jouer et de créer ensemble supplantent les individualités égocentriques.
(JP)
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Le
Cube
Le Thé
1 CD Yolk
Le
concept de Yolk est simple : donner la parole à des musiciens que des
labels, guidés par une démarche exclusivement mercantile, laissent
trop peu souvent s'exprimer.
Avec Le Cube, point de discours stéréotypés,
point de musique consensuelle : les étiquettes tombent les unes après
les autres. De joyeux drilles qui s'amusent à déconstruire les
genres établis. Du jazz, oui mais pas tout à fait comme on se
l'imagine ; c'est son esprit qui est développé ici. Ainsi la musique
se fait truculente, festive ; elle se joue des références anecdotiques,
des regards sur le passé, tout en intégrant des notes très
actuelles.
Le titre de la première pièce pose les bases : Apéritif
; une mise en bouche essentielle pour se laisser aller à des instants
musicaux où le sérieux est relégué au second plan,
préférant, sans conteste, les échanges spontanés
et parfois très drôles. N'allons pas croire que les musiciens se
livrent à un exercice de style futile, fugace et sans consistance, le
plaisir de jouer ne les fait jamais tomber dans la facilité. A siroter
cet été. (sam)
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Christian
Le Délézir
Op. 54 - 8 poèmes Exophoniques Improvisés
1
CD Exaton Records
Après
deux albums qui avaient marqué la rédaction (Exasonates 1 &
2 et Suites Exatoniques 1 & 2), le pianiste et flûtiste breton Christian
Le Délézir nous revient avec un album de la même veine.
Sur Op. 54, le musicien nous propose une série de pièces pour
flûte qui joue avec la réverbération de l'abbatiale de Citadeum.
Cette réverbération naturelle ajoute une impression orchestrale
que le musicien exploite pour s'ouvrir de nouvelles possibilités
de jeu et enrichir la palette de sonorités et d'effets à sa disposition.
Christian crée un univers musical riche. La musique qu'il développe
sur chaque nouvel opus est d'une fraîcheur rare, mélange de poésie
sonore et d'une osmose avec la nature ou l'environnement de jeu. A écouter
et réécouter sans modération. (SéM)
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The
Peggy Lee band
World appart
1 CD Spool
Dave Douglas
- Louis Sclavis - Peggy LeeDylan Van Der Schyff
Bow river falls
1
CD Koch jazz
Doublé
fascinant pour la violoncelliste canadienne Peegy Lee qui se produit avec son
pro-pre ensemble électrique d'une part, et au sein d'un quatuor réunissant
Dave Douglas, Louis Sclavis et Dylan Van Der Schyff (dr). World appart
s'inscrit dans la lignée du précédent album du même
ensemble, Sound from the red house ; une musique arrangée, utilisant
avec goût textures et structures issues du rock, du jazz ou de la musique
contemporaine. Peggy Lee compose des thèmes simples et accrocheurs et
sait s'entourer de solistes redoutables dont Brad Turner à la trompette
et Jeremy Berkman au trombone. Le très électrique guitariste Ron
Samworth est aussi l'invité du groupe sur quelques pièces, apportant
un côté rock, tout en évitant les clichés guitaristiques
psychédéliques. Un disque qui se laisse réécouter.
C'est
avec sobriété que Dave Douglas et Louis Sclavis rejoignent Lee
et Van Der Shyff sur le sublime Bow River Falls. Le quartet interprète
avec finesse des thèmes tirés de leur répertoire respectif
ajoutés d'une pièce de Steve Lacy. Et ils sont en grande forme.
Notons la superbe relecture de Fête Foraine, pièce tirée
de Dans la nuit de Sclavis. Je m'en voudrais aussi de ne pas souligner le travail
de Van Der Schyff qui, à la batterie et à l'électronique,
amène une énergie inévitable à cette musique précise
et posée. Salutaire pour un Douglas hors-piste, ce disque est original
et loin des traces et formats qu'il a esquissés auparavant. Il
s'agit d'un rafraîchissement assuré pour les inconditionnels de
l'un ou l'autre des musiciens, comme pour l'amateur de musique. La personnalité
des quatre musiciens y est savamment mise à profit. (EN)
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Thomas
Lehn/Paul Lovens
Achtung
1 CD Grob
Le
très actif label allemand Grob nous fait découvrir avec Achtung
une partie du travail de deux des plus innovants improvisateurs européens.
Paul Lovens est bien connu pour ses duos, notamment avec Paul Lytton, Cecil
Taylor, Mats Gustafsson et Eugene Chadbourne. Le percussionniste aime confronter
ses idées sur la création contemporaine avec des musiciens issus
de différentes sphères d'influence : avant-garde américaine,
free européen. Ici, aux côtés du claviériste Thomas
Lehn, il propose de revenir sur cette approche méticuleuse qui le caractérise.
Rien n'est joué dans l'approximation, chaque son a pour effet de générer
des ouvertures vers telle ou telle direction, de chercher un territoire à
bâtir. En trente ans de duos, de collaborations directes, le musicien
a réussi à éviter les redites, c'est aussi l'une des raisons
pour lesquelles son jeu est parvenu à un degré de créativité
et d'exigence peu vu ailleurs. C'est aussi l'une des raisons d'être de
l'artiste pour qui chaque rencontre doit se matérialiser par quelque
chose de neuf, d'audacieux et d'éphémère puisque la prochaine
confrontation sera forcément différente, aura sa propre vie. Pour
Thomas Lehn, la conception de l'improvisation n'est pas très éloignée,
elle refuse tous les clichés destructeurs et les compromissions faciles.
La rencontre des deux artistes donne Achtung, un enregistrement fort et dense
que l'on écoute sans fin. (SéM)
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Marilyn
Lerner
Luminenses
1 CD Ambiances Magnétiques
C'est
dans les studios d'Avatar à Québec que fut réalisé
ce nouvel opus de la pianiste canadienne Marilyn Lerner ; dans les mêmes
studios qui ont vu René Lussier créer Déboutonné
(le deuxième fragment d'un bilan solitaire avec son instrument) selon
des procédés de prise de son semblables. La technique :
multiplier les oreilles. Plusieurs micros aux qualités sonores
variables sont disposés dans divers lieux du studio, dans l'instrument
ou dans des pièces adjacentes. La création du disque devient alors
un processus à deux phases : la création de la musique, l'improvisation,
et la création d'une écoute, la focalisation. Ce procédé,
Glenn Gould ne l'aurait pas nié. Travaillant sur les textures, par l'amplification,
sur le mouvement et le déplacement du lieu d'écoute et de ses
caractéristiques acoustiques, Lerner fait aussi preuve, sur les seize
plages de Luminenses d'une intelligence de l'instrument, flottant sans brisure
entre une connaissance évidente de la littérature contemporaine
pour clavier et une improvisation sentie, héritée de créateurs
originaux du piano jazz. Marilyn Lerner signe ici un disque très personnel
sur lequel le procédé technique prend une certaine importance,
mais ne sombre jamais dans le gadget, venant plutôt servir une musique
qui s'écoute de différentes façons. Une grande pianiste
nous raconte comment l'écouter, en quelque sorte. (EN)
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Lonely
Woman
aLIVE 2003
1 CD Hazeljazz
Le
quintet norvégien Lonely Woman nous présente ici des enregistrements
issus de deux concerts réalisés en 2003. Cette musique ne devait
initialement pas faire l'objet d'un album. Toutefois, en réécoutant
les bandes sons de ces deux soirées, il est devenu essentiel et urgent
pour les musiciens de faire partager à un plus large public l'intensité
et l'émotion dégagées au cours de ces moments musicaux.
La
musique jouée y est en effet précieuse et rare. Elle évolue
sur différents registres tout en gardant en toile de fond l'envie de
dépasser leurs individualités pour recréer un son de groupe,
un son unique pour un instant qui n'a que peu de chance de se renouveler. Baignés
par les influences de musiciens tels que Charles Mingus, Ornette Coleman ou
encore Roscoe Mitchell, le jeu s'aventure sur des terres à défricher.
Les pièces nous livrent des phrasés pleins de profondeur et de
puissance, à la fois complexes et d'une richesse harmonique sans commune
mesure, mais aussi simples par la générosité et l'implication
des musiciens ressenties à chaque note. (sam)
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René
Lussier
Grand vent
La tribu (TRICD-7215)
Deux
parutions majeures l'automne dernier pour le guitariste René Lussier
: un long projet électroacoustique avec le compositeur Gilles Gobeil
et dans la foulée, un album éponyme pour son groupe Grand Vent.
Après
la fougue et le swing traditionnel du magnifique Tombola Rasa, le deuxième
album du guitariste sur l'étiquette "rock-pop" La Tribu nous
offre une musique nettement plus électrique où batterie binaire
et constructions "punchées" reprennent leur place. L'influence
de Zappa ressurgit au détour d'une musique de variétés
contemporaine, où guitares rock, constructions complexes et fanfares
ont droit de cité. Musique écrite plus qu'improvisée,
les styles y sont variés, les arrangements très serrés
; ces compositions comportent une grande recherche de textures et beaucoup de
"zapping". Véritable parcours de dérives stylistiques,
la musique de Lussier est toujours ludique et inventive. L'album s'ouvre sur
connection free ppp, "une adaptation libre (pour sept musiciens) de la
connexion basse vitesse avec en prime quelques souvenirs de mes premiers voyages
sur la grande toile", écrit Lussier. Et le ton est donné.
Accompagné de musiciens irréprochables (dont Tom Walsh, Lori
Freedman et Guillaume Dostaler), Lussier nous entraîne dans un voyage
pluri-stylistique : du funk déjanté de Carte brune, au solo pseudo-soul
de L'avancée du désert, de la musique hawaïenne de Hula blues,
aux morceaux décidément inclassables (tire-pousse). Ce disque
résolument contemporain, nourri des arts populaires et oraux, est un
tout surprenant qui reste en toute cohérence avec l'ouvre de Lussier.
Une sorte de retour aux sources ? Peut-être. En tout cas, ils se sont
payés une partie de plaisir.
Les amateurs du guitariste seront encore
gâtés bientôt puisque l'étiquette prévoit la
sortie d'un disque de chansons co-écrites par Lussier et Paule Marier
et une réédition du classique Trésor de la langue, augmentée
de prises "live" et de la musique composée pour Le trésor
archange, documentaire de Fernand Bélanger. (EN)
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Chris
McGregor's Brotherhood of Breath
Bremen to Bridgewater
2 CDs
Cuneiform Records
Chris
McGregor restera pour toujours le musicien qui, en Afrique du Sud, a défié,
dès le début des années 60, l'ordre établi pour
pouvoir jouer et se produire avec des formations "mixtes" de musiciens
blancs et noirs. Aucun producteur ne veut alors programmer The Blues Notes,
le premier band du pianiste. Trop de risques de créer des émeutes
dans les quartiers blancs qui refusent tout mélange avec les populations
noires. C'est ainsi que Chris McGregor décide de tenter sa chance hors
d'Afrique du Sud, en Angleterre où il forme The Brotherhood of Breath,
en fait sa formation Blues Notes enrichie de quelques musiciens de la scène
anglaise (dont Evan Parker et Elton Dean). Cette large structure mêle
dès lors l'héritage des rythmes africains avec l'approche ouverte
de la scène free anglaise. Un mélange détonnant, qui permet
à chacun de dépasser ses propres limites, portés par le
mouvement d'ensemble. The Brotherhood of Breath respire la fraîcheur des
big bands classiques, chacun acceptant de s'effacer pour mieux servir l'ensemble.
Bremen to Bridgewater reprend des sessions enregistrées en Allemagne
en 1971 et en Angleterre quatre ans plus tard. Deux heures et demi de musique
qui se savourent d'un seul trait. Si des frissons vous parcourent, n'ayez crainte,
il ne s'agit que des effets indésirables de cette musique indispensable
à plus d'un titre ! (SéM)
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Gaël
Mevel Trio
Danses parallèles
1 CD Leo Records
Temps
suspendu ou éprouvé, moments d'écoute et de partage, liberté
du silence ou encore recherche intérieure d'une entité vouée
à une certaine plénitude : le Trio de Gaël Mevel, fort de
ses huit années d'existence, trouve - à travers cet enregistrement
Danses parallèles - une énergie où tous les possibles
ne sont certes pas épuisés - la quête en serait inutile
et superflue - mais où les combinaisons sont explorées avec délicatesse
et subtilité. Les musiciens se donnent le temps : temps de trilogues
qui se dévoilent de valses en valses ; temps de repos et temps où
les maillages se font de plus en plus présents. Loin des écoutes
forcées et imposées, le trio s'invente un moment à lui
où le silence prend autant de valeur que les notes foisonnantes. (sam)
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Vladimir
Miller/Ken Hyder
Counting on angels
1 CD SLAM
Une
musique empreinte de l'énergie, de la chaleur et de la présence
du peuple russe. Les musiciens, au gré de leurs découvertes et
avancées au cour des terres de Russie, se sont laissés envahir
par un esprit d'une force et prégnance authentique. La musique évolue
entre tradition russe et improvisation contemporaine. Des sources d'inspiration
comme Stravinsky, Moussorgski ou encore Chostakovitch sont nettement perceptibles.
L'album s'empare de ces influences pour créer un dialogue piano/batterie
d'une rare intensité. Entre silences et espaces cadencés, le phrasé
se pose pour mieux emporter l'auditeur dans leur évocation d'une culture
riche et précieuse. Vladimir Miller au piano et Ken Hyder à la
batterie nous convient à un Counting on angels prometteur et fort d'une
expressivité spontanée. (sam)
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Roscoe
Mitchell
Solo [3]
3 CDs Mutable Music
Depuis
plus de quarante ans Roscoe Mitchell a construit les bases d'une musique libre,
en perpétuelle (r)évolution dans laquelle les espoirs du
moment raisonnent et offrent ce qu'il y a de meilleur à celui qui accepte
de partager ces instants forts. Tout a été dit et écrit
sur le saxophoniste de Chicago. Tous les passionnés de free jazz respectent
l'homme pour son travail au sein de l'Art Ensemble of Chicago. Pourtant, parallèlement
à cette riche carrière, le musicien a élaboré un
véritable laboratoire expérimental en solo, moyen indispensable
pour lui d'affirmer sa personnalité et de créer les climats favorables
à une introspection qui révèle l'artiste dans ce qu'il
a de plus sensible. Aussi, lorsque le label new-yorkais Mutable Music propose
d'éditer un triple album solo de ce musicien, l'évènement
a peu de chance de passer inaperçu. Sur près de trois heures de
musique, le saxophoniste ouvre son univers. Sur Tech Ritter and the Megabytes,
Roscoe utilise l'overdub pour stimuler sa création. A la flûte,
aux percussions, aux saxes, le musicien projette ses humeurs du moment et, chose
rare, accepte de les partager avec le plus grand nombre. Le troisième
volet de ce coffret permet de découvrir le travail du musicien aux percussions,
univers plus caché du chicagoan. Dire que ce disque est indispensable
n'est pas si loin de la vérité. (SéM)
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Jemeel
Moondoc Trio
Live at Glenn Miller Café
1 CD Ayler Records
Personnalité
riche de la scène américaine, Jemeel Moondoc construit depuis
plus de quarante ans une musique d'une richesse rythmique et d'une subjectivité
rares. Entouré par le contrebassiste William Parker et le batteur Hamid
Drake - qui font par ailleurs le bonheur de plus d'une formation (voir notamment
le Pyramid Trio de Roy Campbell) - le saxophoniste alto nous propose, sur ce
live enregistré au Glenn Miller Café de Stockholm, en 2002, de
revenir aux sources du jazz. Si tant est que l'on puisse revisiter cette musique
! Les trois hommes gardent du jazz son esprit et son audace. La force et la
puissance avec lesquelles ils jouent sur les deux pièces choisies pour
illustrer cette soirée démontrent la passion et le plaisir que
les musiciens ont de jouer ensemble. Il faut particulièrement saluer
ici le travail de Jan Ström, du label Ayler pour ce qu'il apporte aux musiques
libres. (SéM)
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Andy
Moor/John Butcher/Thomas Lehn
Thermal
1 CD Unsounds
Andy
Moor, John Butcher et Thomas Lehn possèdent cette caractéristique
commune de travailler leur instrument respectif en les tirant vers des marges
les plus inexplorées. Expérimentés dans le milieu des musiques
exigeantes, ils mettent, sur Thermal, cette expérience au ser-vice du
trio. La recherche d'un quelconque esthétisme n'est pas la préoccupation
première des trois hommes qui préfèrent de loin tirer la
substance à partir d'idées simples, de situations de jeu et d'échanges.
Si Andy Moor, pour son travail avec la formation The Ex et John Butcher sont
plus connus chez nous, Thermal nous permet de mieux découvrir le
jeu expressif de Thomas Lehn, aperçu notamment aux côtés
de Gerry Hemingway, Hannes Loeschel et Eugene Chadbourne. Même si le parti
pris de l'improvisation totale s'impose ici, on remarque un souci constant de
construire des structures, preuve d'une maîtrise et d'une aisance technique
remarquables. (SéM)
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Mygük
A
un fil
Autoproduit
Long
voyage initiatique, A un fil... est un peu le résumé d'une vie
avec ses péripéties, ses joies, son mystère et sa tension,
en d'autres mots un condensé d'émotions. Textes épurés,
travaillés, emplis de poésie et de fragilité ; musique
mélancolique, parfois noire sans jamais tomber dans la gravité
; univers décalé, onirique qui pourrait illustrer un Metropolis,
un Brazil ou un THX 1138, beaucoup de profondeur, de traces indélébiles
gravées dans les mémoires : voilà ce que nous offre cette
formation paloise. Un questionnement en fil rouge sur la création contemporaine
sans jamais basculer dans un débat d'esthètes, de la fraîcheur
à revendre. Petit message pour ceux qui essayent de rapprocher cette
musique d'une école stylistique, de tel ou tel univers balisés
: Mygük s'ouvre, avec talent, un no man's land qu'il décline à
l'infini. Une touche personnelle, une envie de voir autre chose qui n'est pas
pour nous déplaire. On attend déjà la suite avec impatience
! (SéM)
[Mygük - BP 557 - 64010 PAU - 06 84 94 08 34 - www.myguk.com]
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Simon
Nabatov
Autumn music
1 CD Leo Records
Avec
l'arrivée de l'automne, les certitudes s'effacent, la part de mystère
qui enveloppe cette saison réapparaît et offre au musicien des
climats propices à la création. Pour Simon Nabatov la musique
est le vecteur de transmission des sentiments ; de fait l'expressivité,
la sensibilité s'y retrouvent perpétuellement. La musique jouée
sur Autumn music a été élaborée à l'automne
2003 durant une tournée réunissant deux des meilleurs créateurs
néerlandais, le violoncelliste Ersnt Reijseger et le batteur Michael
Vatcher. Pour Simon Nabatov ce trio perpétue sa collaboration de longue
date avec les musiciens d'Amsterdam, cette ville à qui il rend hommage
dans les liner notes du présent opus : "Amsterdam est une ville
magnifique, quiconque y est venu, ne serait-ce qu'une seule fois, vous le dira
volontiers". Sur cet album le musicien varie les climats pour nous offrir
un blues léger (Lady sings the blues), des pièces plus graves
et plus sombres mais jouées avec une réelle ouverture (Autumn
music) ou un thème hommage à A. C. Jobim (Valsa do porto das caixas).
La richesse de cet album, transparaît dans cette envie de ne pas s'enfermer
mais d'aller voir toujours plus loin. Un grand moment d'écoute. (SéM)
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NOMA
(Tom Walsh)
Diversion
1 CD Ambiances Magnétiques
Tom
Walsh est un tromboniste très actif et très respecté au
Canada. Il joue dans une foule de formations (tous styles confondus) en plus
de faire de la musique pour la danse. Il s'agit ici d'un deuxième album
pour la formation NOMA - le premier remontant à 1996. Groupe double,
à l'exemple d'Ornette Coleman, mais un propos tout autre ; côté
cour funky : guitare électrique à effets (Guy Kaye), basse électrique
(Alan Basculis) et "funk drum" (François Chauvette) ; côté
jardin jazz : guitare préparée bruitiste de Rainer Wiens, la contrebasse
de Normand Guilbeault et le "jazz drumset" de Thom Gossage. Au
centre, Tom Walsh au trombone, mais aussi à l'échantillonneur
et aux commandes de ce groupe à deux faces. Le résultat
est fascinant. On trouve en Walsh un soliste sobre et surtout un arrangeur
très fin. Empruntant à la fois à toutes les tendances "funky"
de la musique américaine (trip hop, funk, fusion), au jazz et aux univers
plus abstraits, Walsh montre une connaissance des musiques de son temps et une
sérieuse aptitude à les mélanger. Ouvertures grattouillantes
et fondus enchaînés viennent bouleverser une musique sophistiquée
remplie de réminiscences (dont In walked bud), d'arrêts et de reprises.
La plupart des pièces sont d'ailleurs divisées en plusieurs
plages (à la manière de la musique classique ?) qui continuent,
sans coupures évidentes, le développement d'un thème.
Du
plus racoleur au plus difficile, Walsh se permet tout, simplement parce qu'il
sait rendre fertiles les rencontres inusitées. Loin des parodies
de genres, Walsh mélange les styles sans les diluer. En prime,
la prise de son live est plus que convaincante. Épatant. (EN)
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No
Spaghetti Edition
Real Time Satellite Data
1 CD Sofa
Des
improvisateurs exigeants réunis pour un projet commun : l'écoute
s'annonce d'entrée de jeu pleine de promesses. Xavier Charles, Michel
Doneda et leurs compagnons du moment se livrent, pendant les douze pièces
qui composent cet album, à des introspections musicales goûteuses
et intenses. Les échanges sont féconds et les musiciens attentifs
au jeu proposé par chacun. Entre acoustique et procédés
électroniques, la musique s'engage sur les traces d'une improvisation
sans complaisance, ancrée dans les aspirations du moment. Le temps devient
un vecteur créatif, il s'annonce comme le complice d'un espace musical
sans borne. On pourrait parler du temps apprivoisé, décomposé
et réagencé par les huit musiciens. Chacune des pièces
savoure cette liberté offerte et célèbre des phrasés
ténus, subtils et profonds.
L'improvisation, loin des clichés
répandus, demeure ce moment rare et précieux où les musiciens
parviennent à la plénitude de leur art au prix d'une remise en
question permanente et sincère. (sam)
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O'Keefe/Stanyek/Walton/Whitehead
Tunnel
1
CD Circumvention Music
Le
label californien Circumvention Music nous présente un album qui réunit
Pat O'Keefe à la clarinette, Jason Staniek aux guitares, Scott Walton
au piano et Glen Whitehead à la trompette. Tunnel s'annonce comme une
introspection électroacoustique d'une rare intensité. Les improvisations
s'ouvrent à des espaces et laissent le champ libre aux inventivités
les plus audacieuses.
Des phrasés se construisent, des notes jaillissent,
des échanges se créent continuellement dans cet album au sujet
duquel Wadada Leo Smith souligne, dans les liners notes, la portée "émotionnelle,
intellectuelle, expérimentale et philosophique".
Un enregistrement-trace
qui ravira les plus exigeants en matière de musique improvisée.
Les quatre musiciens sont parvenus à inscrire leur discours instantané
dans un registre où le don de soi se vit comme la condition sine qua
non du travail de l'artiste. (sam)
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Out
of Blue
Urban setting
1 CD Yolk
Instantanés,
moments pris sur le vif, pas assurés, démarches hésitantes,
désirs assouvis ou en attente : les chansons de l'album nous parlent
d'un peu tous ces tableaux qui décrivent de façon réelle
ou romancée un quotidien à regarder plus intensément pour
lui redonner sa signification ; ces petits riens qui trouvent aussi leur champ
d'expression et qui parviennent à inscrire l'individu dans une histoire
plus complexe.
Cet album est une pure merveille. Il nous plonge dès
la première pièce dans un univers onirique. La voix électrique
de Chloé Cailleton hypnotise l'auditeur, elle ne le quitte plus tout
au long de cette heure de musique. Un mélange sonore détonnant,
dé-concertant ; une prouesse artistique hors norme. L'album devient un
peu un film qui se déroule sous nos yeux, qui prend son essor, se développe
et se révèle un vecteur fécond pour la création
d'un imaginaire énigmatique et enchanteur. Proche de l'univers de Bjork,
cet enregistrement ne passe pas inaperçu. (sam)
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Evan
Parker and September winds
Alder Brook
1 CD Leo Records
Rarement
un album nous a permis de goûter à toutes les possibilités
sonores offertes par l'espace avec ses vertus de résonance et son écho.
Ce projet, né en 2002, a été créé pour une
série de concerts réalisés dans un lieu incongru et exceptionnel
quant aux possibilités d'essais acoustiques qu'il permettait : une citerne
d'eau vide située à Zürich.
Pour cette occasion le quartet
à vent suisse s'est entouré de l'un des expérimentateurs
les plus avertis dans ce genre de contexte : Evan Parker. Dès lors, la
musique s'engage sur des voies particulières où les sons prennent
une nouvelle dimension. Les impro-visations sont aériennes, les souffles
se font plus profonds et prononcés.
Les éléments primaires
retrouvent une voix à travers les musiciens, ainsi que le souligne Evan
Parker. La terre, l'air, l'eau, le feu se mêlent pour constituer un nouveau
Tout. Les individualités se transcendent, excellent dans cet exercice
puis se fondent peu à peu dans cet espace unique et fédérateur.
Une musique qui reflète les profondeurs de cet abîme avec intensité.
Les sonorités sont accentuées, trouvent de nouvelles expressions
et découvrent des champs jusqu'alors inexplorés. Garanoir souligne
avec justesse les ouvertures accordées par cet espace fécond :
souffles et inspirations sont exacerbés en un mouvement qui semble réunir
les musiciens pour un fabuleux instant unique. (sam)
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Ake
Parmenud
Jeu d'ombres
1 CD Empreintes DIGITALes
Ake
Parmenud s'est engagé dans la voie des musiques instrumentales et électroacoustiques
depuis la fin des années 70. Son travail, reconnu par les professionnels,
les critiques et le public est omniprésent dans les arts visuels tels
que le multimédia, la vidéo, le cinéma, la danse ou le
théâtre.
Dans Jeu d'ombres, le musicien suédois nous
présente quelques-unes des créations réalisées au
cours de ces dernières années, le plus souvent sur commande. Quelles
que soient les techniques de création utilisées pour ces différentes
pièces, Ake Parmenud est guidé avant tout par le désir
d'offrir une musique singulière, inventive et ouvrant des espaces à
des introspections futures. Entre souvenance, réécriture et mouvance
vers des ailleurs à explorer, les pièces s'ouvrent à nous
; libre alors à chacun d'y puiser la force et l'élan qui le guideront
vers un plaisir d'écoute épuré et originel. (sam)
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Arturo
Parra
Parr(A)cousmatique
1 CD empreintes DIGITALes
Le
guitariste Arturo Parra nous présente ses explorations au cour de la
musique contemporaine. Ce projet mêle des compositions réalisées
à sa demande par quatre auteurs et son travail accompli à cette
suite sur ces pièces. Guitare, bruitage, distorsions, les notes sont
malmenées pour parvenir à cette musique acousmatique qui nous
plonge dans les abîmes les plus inquiétants, tendus et pénétrants.
Parr(A)cousmatique
regroupe des pièces qui réinventent notre regard sur les espaces
et les terres qui peuplent notre imaginaire. Ces lieux s'imprègnent d'une
coloration différente ; des spectres semblent surgir des entrailles profondes.
La musique vagabonde ainsi sur des registres fantasmagoriques qui parviennent
à happer l'auditeur et à l'entraîner vers des sphères
indomptées et inconnues.
Le projet du guitariste pousse les limites
de la création jusqu'à ses plus extrêmes retranchements
produisant ainsi un résultat inattendu et somme toute des plus captivants.
(sam)
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Evelyn
Petrova
Year's cycle
1 CD Leo Records
L'accordéon
est très peu représenté dans les musiques créatives.
On connaît le travail remarquable effectué par Andrea Parkins sur
cet instrument ou encore celui de Ted Reichman. La musicienne russe Evelyn Petrova
nous propose un album en solo à l'accordéon. Un défi périlleux
qu'elle parvient à relever avec brio. La musicienne ne s'adonne au solo
que depuis 2002, son format musical de référence étant
jusqu'alors le duo.
Cet enregistrement re-prend les pièces qu'elle
a jouées dans des festivals et concerts au cours des deux années
précédentes. Il illustre le cycle d'une année qui commence
pour la musicienne, con-tre toute attente, en décembre, le mois du solstice
d'hiver. Musique et chansons s'interpellent, la voix accompagne l'accordéon
avec force, vitalité et impétuosité. A d'au-tres instants,
le lyrisme et la sensualité affleurent et nous parlent de quiétude
et sérénité. Cette musique empreinte de folklore et d'art
populaire russes ne laisse pas de côté les traitements et les essais
déstructurants, langage des improvisateurs les plus exigeants. (sam)
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Barre
Phillips / Joëlle Léandre / William Parker / Tetsuu Saitoh
After
you gone - une kajette de sons à la mémoire de Peter Kowald
1
CD Victo
Afin
de rendre hommage au regretté Peter Kowald, le voyageur, l'homme des
rencontres, Michel Levasseur a réuni, quatre de ses confrères
contrebassistes (et pas les moindres) pour la 20e édition de son Festival
International de Musique Actuelle de Victoriaville. Les musiciens choisis ont
un bagage d'expériences inouï allant de la musique afro-américaine
à l'européenne, au tango, mais toujours il y a l'improvisation.
Il serait bien long de citer le quart des aventures auxquelles ils ont
participé. L'idée d'un orchestre de contrebasses a déjà
quelque chose de rituel. Comme si le syndicat des "sans-répertoire"
formait un orchestre en l'honneur d'un des leurs. Et qui pouvait mieux que ces
quatre "décloisonneurs" ennoblir la mémoire de
Kowald et la présence de son bel instrument ? Quelque chose d'incantatoire,
d'énergique où harmoniques, frottements et sons percussifs viennent
appeler l'esprit du maître où s'échangent généreusement
phrasés mélodiques et interventions rythmiques. Le son de
l'archet hante tout l'enregistrement évoquant un mantra ou les chants
de gorge qu'avaient étudiés Kowald. L'échange est ardant,
et à la toute fin, un répit, un post-scriptum plus doux et lyrique
pour finir en toute beauté ce récital échevelé.
(EN)
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PolySoft
Tribute
to Soft Machine
1 CD Le Triton
Redonner
vie, trente ans après, à la musique de Soft Machine, qui a hanté
nombre d'artistes d'influences plurielles, aurait pu être un projet insensé
ou vide de toute substance. Pourtant, loin de rejouer fidèlement
la musique du groupe, PolySoft réinvente un espace, triture les pièces
avec une énergie et un souffle qui - tout en restant respectueux de l'esprit
de la musique - s'aventurent vers de nouvelles voies où chacun épuise
les langages, les notes et les phrasés. PolySoft s'approprie la musique
avec passion pour lui donner une coloration originale et une existence nouvelle.
L'enregistrement live au club de l'est parisien Le Triton, réalisé
en 2002, nous laisse l'empreinte de cette expérience riche et inventive
entre des musiciens guidés par un projet rendant hommage à un
moment de l'histoire de la musique. (sam)
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Print
[a.ka]
Dreams
1 CD Yolk Music
Avec
Isphero, sorti en 2000, la formation Print du saxophoniste Sylvain Cathala avait
fait une entrée remarquée sur la scène française
des musiques jazz contemporaines. Avec ce nouvel opus [a.ka] Dreams, les quatre
musiciens démon-trent tout le chemin parcouru depuis lors et surtout
confirment que la première impression était la bonne. L'idée
de départ de laisser s'exprimer librement deux saxophonistes - Sylvain
Cathala au ténor et Stéphane Payen à l'alto - autour d'une
rythmique solide, composée du contrebassiste Jean-Philippe Morel et du
batteur Frank Vaillant, fonctionne parfaitement ici. La créativité
de chacun apporte de la force au groupe qui construit sa musique en partant
d'une idée et tire le jeu dans les directions les plus surprenantes.
Le label Yolk est devenu une référence pour la présentation
de la jeune scène française créative, on espère
que cette brèche ouverte donnera l'envie, à tous ceux qui souhaitent
faire avancer cette musique, de participer à cet élan. Avec de
telles productions on ne peut être que rassuré sur la richesse
du vivier fran-çais ; la formation Print s'affirme, quant à elle,
comme une référence incontournable. (SéM)
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The
Remote Viewers
The Minimum programme of humanity
1 CD Leo Records
Formation
anglaise volontairement en marge des courants traditionnels, The Remote Viewers,
propose, avec The Minimum programme of humanity, de découvrir une musique
pensée autour de l'auteur allemand Bertolt Brecht. Ce trio de saxes composé
d'Adrian Northover (soprano), Louise Petts (alto) et David Petts (ténor)
s'inspire de l'esprit de l'écrivain pour retranscrire toute la dramaturgie
et la souffrance que celui-ci a su exprimer au travers de ses écrits.
Grâce à une mise sous tension savamment distillée par l'utilisation
d'effets électroniques mais en construisant leurs pièces à
partir de pistes acoustiques jouées aux saxes, les musiciens alternent
constamment le passé et le présent pour offrir une vision moderne
de l'esprit de Brecht.
La voix grave et envoûtante de Louise Petts
participe à créer une atmosphère trouble qui laisse l'auditeur
sur un constant questionnement. The Remote Viewers démontre qu'il est
possible de penser une musique autour d'un objet ou d'une piste de jeu pour
ensuite dériver vers des sphères plus aléatoires. Un constant
aller-retour entre jeu "dans" et "en dehors" de la structure.
Un cabotage musical génial et inspirant. The Minimum programme of humanity
restera comme un album de référence, en tout cas une ouverture
vers un jeu original et riche prétexte à la découverte
de cette formation anglaise. (SéM)
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Return
of the New Thing
Traque
1 CD Ayler Records
Formation
française basée à Paris, Return of the New Thing, s'est
fait connaître en 1999 par le biais d'un album publié sur le prestigieux
label anglais Leo Records. Quartet original par les musiciens qui le composent
- tous issus d'un univers musical différent mais que la passion et le
désir d'explorer la musique dans ses bases les plus retranchées
rapprochent - et la substance proposée, Return of the New Thing démontre
son attachement à construire la matière, à créer
des climats qui s'enrichissent par l'expérience de chacun et l'inspiration
du moment. Car cette formation, si elle reconnaît volontiers un attachement
à l'improvisation structurée, est aussi une grande aventure humaine,
celle qui fait se réunir toutes les musiques modernes avec l'idée
que les possibles existent, que le jeu peut tirer profit d'une déconstruction/re-construction
permanente. La tension créative et l'audace des quatre musiciens font
de Traque un album trace, à suivre. (SéM)
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Laurent
Rochelle
Conversation à voix basse
1 CD Linoleum
Révélé
au sein de la formation phare MonkoMarok, le toulousain Laurent Rochelle nous
propose, au travers de cet enregistrement, de partir sur des territoires plus
personnels. Le musicien, poly-instrumentiste, a beaucoup à dire. Sa musique
alterne les collages sonores et s'inscrit radicalement en dehors des courants
traditionnels. Musique libre en ce sens qu'elle s'affranchit des étiquettes
et des cadres rigides amorphisants, elle garde cependant un penchant marqué
pour la mélodie et le travail sur les boucles qui lui donnent une base
de travail et de dérivation. Là où Laurent Rochelle excelle,
c'est dans la construction de cet univers décalé qui nous rappelle
quelques airs d'un passé pas si lointain revisité avec un traitement
contemporain. Afin de promouvoir son univers, Laurent Rochelle a fondé
son propre label avec lequel il entend présenter des "musiques de
traverses pour oreilles curieuses". A suivre avec grand intérêt.
(SéM)
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Rubble
I
1 CD Circumvention Total
Le
principe de la compilation n'est pas la formule la plus séduisante dans
le milieu des musiques créatives où la mise en ambiance et l'atmosphère
créée l'emporte bien souvent sur la juxtaposition de pièces,
aussi attrayantes soient-elles. Pourtant cette appréhension s'estompe
dès que l'on pose le disque dans la platine. Rubble I regroupe les meilleurs
artistes du collectif artistique californien Trummerflora. Animé par
le très actif saxophoniste de San Diego Jason Robinson, ce collectif
démontre ici qu'il possède une âme, une identité
qui transparaît tout au long des treize morceaux sélectionnés.
Et pourtant il n'était pas évident, au premier abord, de mêler
sans détonner tous les styles de musique déclinés ici,
du rock au jazz en passant par l'électronique et le hip hop. Même
si l'on isole ça et là quelques pièces, comme Amphibious
de la formation MrLectronic ou le succulent Sundials II dû à Nathan
Hubbard qui donne à découvrir en la personne de Stephanie Robinson,
une pianiste pleine de sensibilité, au final on retient cette touche
propre à l'ensemble des musiciens, cette envie de jouer l'improvisation
avec légèreté et expressivité. Le jeu de chaque
musicien dégage une chaleur qui, sans déterminisme aucun, transparaît
particulièrement dans la musique de cette partie de la Californie, proche
du Mexique, qui se nourrit de l'influence de plusieurs pôles artistiques
et communautaires. (JP)
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John
Russel - Ute Völker- Mathieu Werchowski
Three planets
1
CD Emanem
Parmi
les sorties très diversifiées que nous offre Emanem cet automne,
je remarque cet amalgamme surprenant composé du guitariste britannique
John Russel, de l'accordéoniste allemande Ute Völker et du violoniste
français Mathieu Werchowski. Le trio nous présente une musique
très libre, aride et énergique. De l'improvisation dans sa plus
simple expression : à la fois radicale et si naturelle, éclatée
et cohérente. Entre le jeu grinçant d'un Russel déchaîné,
les drônes de l'accordéon soufflant et le lyrisme du violon, s'intè-gre
une infinité de nuances jusqu'au presque silencieux Little Litote Blues.
L'écoute de ce disque déluré est une aventure fascinante
à ne pas rater pour les amateurs d'une musique vraiment libre et loin
de toutes étiquettes stylistiques. (EN)
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Sten
Sandell Trio
Flat Iron
1 CD Sofa
Le
label Sofa nous présente un nouvel album du Sten Sandell Trio. Après
Standing Wave (Sofa 504) qui fut un beau moment musical, le trio nous offre
une partition encore plus inventive, investie et originale. Le pianiste Sten
Sandell se dit nourri tout à la fois par les improvisations li-bres,
la musique contemporaine (John Cage, Xenakis.) et la musique ethnique. Autant
de sources d'inspiration qui lui permettent d'évoluer dans des registres
aux possibilités sans limite. Pianiste doué, improvisateur exigeant,
manipulateur d'effets électroniques sans excès, Sten Sandell parvient
avec Johan Berthling à la con-trebasse et Paal Nilssen-Love à
la batterie et aux percussions à proposer un jeu où l'énergie
et la fougue musicales tirent leurs lettres de noblesse, laissant à d'autres
les expériences timorées et superficielles.
Enregistré
en Suède à l'Uméa Jazz Festival, en octobre 2002, nul doute
que les spectateurs ne seront pas sortis de ce concert indifférents au
moment musical qu'ils venaient de vivre, tout comme l'auditeur de cet album
qui saura, sans aucun doute, apprécier la singularité de cette
musique. (sam)
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Alexander
von Schlippenbach
Broomriding
1 CD psi records
PISA
1980 - improvisors symposium
2 CD psi records
Cet
excellent quartette réunit autour du pianiste Alexander Von Schlippenbach,
Rudi Mahall, à la clarinette basse, Tristan Honsinger, au violoncelle
et Paul Lovens, aux percussions. L'instrumentation rappelle le fameux quintette
de Dolphy avec Ron Carter au violoncelle, mais sans la basse. Ce sont
d'ailleurs deux compositions de Dolphy et deux d'Honsinger qui viennent compléter
cet album composé, pour le reste, de pièces du pianiste. Schlippenbach
et Mahall avaient déjà fait preuve de leur amour de la musique
de Dolphy, notamment avec le Berlin Comtempory jazz Orchestra (Dolphy Medley).
Avec pour toute section rythmique les
pulsations organiques de Lovens, la musique évoque constamment le jazz,
mais se situe sans doute dans une tradition plus européenne d'improvisation
et de musique contemporaine. L'absence d'une pulsation appuyée crée
un climat plus tendu et très ouvert, particulièrement dans l'interprétation
rêveuse des pièces de Dolphy et de la sublime et plus jazzée
Poetica de Honsinger. La musique respire, tantôt à un rythme hésitant,
tantôt dans la fureur du jeu auquel la voix vient parfois se mêler.
Il s'agit là d'une musique très riche, foisonnante et réjouissante.
Une réussite.
Nous retrouvons Paul Lovens sur une autre parution
PSI. Il s'agit d'une réédition augmentée des enregistrements
faits à Pise lors de "L'improviser symposium" de 1980. Documentant
un certain état des musiques improvisées en 1980, cet album double
offre 94 minutes de musique de plus que le long jeu original ; deux heures de
rencontres extraordinaires. Le premier disque comprend des duos de Georges
Lewis/Evan Parker, Derek Bailey/Maarten Altena, et s'achève sur une longue
pièce en trio : Georges Lewis au trombone, Maarten Altena à la
contrebasse et Paul Lovens aux percussions. Sur le second disque nous
trouvons en germe l'electroacoustic ensemble de Parker avec Barry Guy, Philipp
Wachsmann (violon et électronique), Paul Lytton et Paul Lovens aux percussions.
Déjà à cette époque, on sent la complicité
des musiciens dans une performance intense et contemplative. Remarquez que Lytton
et Wachsmann expérimentaient dé-jà avec goût les
instruments électroniques et les manipulations en direct. (EN)
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Peter
A. Schmid/Ned Rothenberg
En passant
1 CD Creative Works Records
Cet
album s'inscrit dans une série de duos et de rencontres organisés
par Peter A. Schmid autour des instruments à vent. Pour ce troisième
et dernier volet, le polyinstrumentiste suisse s'est entouré de Ned Rothenberg
afin de proposer une musique composée En passant.
Un projet fortuit
à la base pour un résultat d'une rare qualité. Les deux
musiciens parviennent ainsi, dès leurs premiers échanges, à
trouver un langage et un socle communs, propices aux plus belles recherches
dans un registre free. Des impro-visations qui s'interpellent, des sonorités
qui se croisent, des appels et des échos qui résonnent en chacun
des deux musiciens : autant d'ingrédients réunis pour créer
un moment unique et qui, n'en doutons pas, n'aura de cesse que de se renouveler.
A suivre. (OR)
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The
Science Group
Spoors
1 CD RER
Dès
les premières minutes d'écoute du présent album, on ressent,
chez les musiciens, cette envie de communiquer, de proposer des pistes de dialogue.
En regardant de plus près on est à peine surpris de constater
que The Science Group réunit quatre musiciens baroudeurs qui se connaissent
et se respectent. Steve Kovacs Tickmayer, compositeur émérite
a fui la guerre civile dans l'ex-Yougoslavie en 1991 et vit maintenant en France.
Chris Cutler, l'un des leaders charismatique de la scène anglaise, et
le guitariste/bruitiste Bob Drake, n'en sont pas à leurs premiers échanges.
Ces trois musiciens formaient la pierre angulaire de la première mouture
du Science Group, en 1999. La musique produite ici est difficilement classable,
elle revendique l'emprunt aussi bien à la composition classique contemporaine
qu'à la scène rock indépendante avec cette idée
de jouer sur les sons, de les mêler, les "tester", les digérer
pour mieux extirper leur fond intérieur. Cet album deviendra vite indispensable
car il pose les bases d'une musique largement ouverte où la structure
n'est pas pour autant négligée. Musique pensée mais libre.
A découvrir ! (SéM)
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Lisa
Sokolov
Presence
1 CD Laughing Horse Records
Lisa
Sokolov nous plonge dans son univers si particulier, affranchi des stéréotypes
et des contraintes qui furent très longtemps attachés aux performances
vocales. Un chant profond, mélodieux ou chaotique, une atmosphère
tout à la fois lyrique ou saccadée ; des instruments qui accompagnent
la fluidité de la voix et qui se font parfois silence, laissant ainsi
exploser les sonorités de la voix et emplir l'espace musical d'une force
et d'une présence quasiment hypnotiques : ces quelques mots définissent,
sans l'épuiser, l'essence de cette musique.
Loin des redites, des
prestations vocales attendues et soporifiques, c'est à une écoute
attentive et impliquée de sa musique que nous convie la chanteuse. Entourée
de John DiMartino au piano, Cameron Brown à la contrebasse et Gerry Hemingway
à la batterie, Lisa Sokolov, au travers des pièces, qui pourraient
apparaître comme autant de tentatives différentes et sans lien
de faire sonner le chant ou les chants, s'aventure, tout au contraire, au cour
d'une performance baignée par une unité qui se découvre
peu à peu : le chant est un appel à la présence, au(x)
présent(s), à l'être actif. Autant de déclinaisons
pour décrire le mystère des êtres et leurs pluralités.
Une pluralité avec toutefois en toile de fond une philosophie commune
: l'être-là. (sam)
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Alain
Soler
A beautiful love. is all you need
2 CDs CELP
Que
ce soit à la batterie et aux percussions ou à la guitare, Alain
Soler mène toujours cette quête musicale qui le fait, à
chaque nouvelle étape, ouvrir des portes nouvelles. Pour cela il s'entoure
d'amis qui l'aident à affirmer son identité. Le saxophoniste Larry
Schneider est un partenaire de jeu depuis plus de dix ans maintenant. Avec André
Jaume, qui l'accompagne sur la première partie, les liens sont très
forts depuis un certain temps déjà. Ces musiciens partagent un
goût commun pour l'improvisation qu'ils déclinent et explorent
avec une envie de faire vivre la matière, de l'amener le plus loin possible
sans jamais avoir peur de se perdre. En ce sens Alain Soler maîtrise son
sujet. Ce double album confirme tous les talents d'un musicien qui prend le
temps de la recherche et de l'innovation, qui se construit avec cette idée
que la musique est un lieu d'échange et de convivialité. Une leçon
de simplicité à méditer. (OR)
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Larry
Stabbins
Monadic
1 CD EMANEM
Les
premières performances au saxophone solo de Larry Stabbins remontent
à trente ans. Il se faisait donc attendre ce premier, et superbe, enregistrement.
Monadic est une fresque solitaire où les titres réfèrent
à des actions et permettent au saxophoniste des détours par les
différents aspects de son instrument. Certains titres (breathing, buzzing,
chirruping) font allusion à la production du son ou à des caractéristiques
physiques de l'instrument ; d'autres (thinking, loving, dancing) le font basculer
dans des aspects sociaux et métaphoriques à travers l'intensité
ou le lyrisme de l'instrument vibrant. L'improvisation est libre
et joue de différents états : de la recherche la plus intense
au seul plaisir de la phrase, dans une sorte d'aller-retour ludique entre Sonny
Rollins et John Butcher. C'est sans compromis que Stabbins s'adonne au jeu.
À la fois séduisant et difficile, cet album représente,
selon moi, un moment rare de liberté où technique, polyvalence
et inventivité s'unissent pour tracer l'autoportrait d'un musicien accompli.
(EN)
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Michael
Jefry Stevens & Michael Rabinowitz
Play
1 CD Drimala Records
C'est
à l'écoute d'un duo instrumentalement original que nous convie
le label Drimala Records : piano et basson. Le basson se révèle
être assez rare dans l'univers du jazz et des musiques improvisées
; Michael Rabinowitz s'essaye à cet instrument depuis de nombreuses années,
avec beaucoup de réussite.
Pour ce duo, les deux musiciens se livrent
à une improvisation libre, loin des stéréotypes et des
phrasés convenus ou trop entendus. La musique se veut ouverture, expérimentation,
recherche continuelle et exploration intransigeante des espaces musicaux encore
vierges. Certes, de-ci de-là, l'héritage musical de Michael Jefry
Stevens et celui de Michael Rabinowitz pourront interpeller l'auditeur. Influencé,
pour l'un, par Ravel, Debussy, Stravinsky ou bien nourri, pour le second, par
un travail auprès de Charles Mingus, les deux musiciens n'en gardent
pas moins leur propre conviction musicale. Un album où le pianiste et
le bassoniste s'abandonnent à un jeu profond, réfléchi,
généreux et baigné par une grâce chère à
tous deux. (sam)
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Steve
Swell's
Suite for players, listeners and other dreamers
1 CD
CIMP
Après
un disque en duo avec Perry Robinson (sur Drimala), c'est à la tête
d'un sextet que nous re-trouvons le très prolifique tromboniste Steve
Swell (interviewé dans le dernier numéro de Jazzosphère).
C'est dans la Spirit Room du label CIMP que Swell a réuni Will Connel,
Roy Campbell, Charles Burnham, François Grillot et Kevin Norton pour
l'enregistrement d'une suite pour les rêveurs et pour les joueurs : Swell
prend soin de laisser une grande place à la personnalité de chaque
instrumentiste. La composition est le liant autour duquel les musiciens
évoluent ; elle apporte développements, embrouillements, contrepoints
et cohérence à l'ensemble. La musique de Swell est porteuse
d'une grande tradition jazz ; d'Ellington à Rollins, de Monk à
Mingus, et bien sûr des fanfares distordues de Shepp ou d'Ayler, bien
qu'elle apparaisse chaque fois comme tout à fait originale.
Dès
le début, l'énergie s'annonce : une section rythmique déchaînée
et résolument jazz. L'esprit ludique du tromboniste possède son
type particulier de "swing", une énergie contagieuse qui rend
sa musique fulgurante. L'humour et la légèreté qui émanent
de certains thèmes "fanfarons" et l'utilisation de rythmiques
soutenues ne sont qu'une face d'une ouvre savamment construite et servie par
d'excellents solistes. Je mets le disque dans ma bibliothèque pas
trop loin de Black, brown and beige (Duke) et de freedom suite (Rollins). Peut-être
que je rêve. (EN)
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SWOD
Gehen
1
CD City Centre Office
Stephan
Wöhrmann et Olivier Doerell se sont croisés à Berlin au début
des années 90. Cette rencontre sera à l'origine de ce duo. SWOD
marie acoustique et électronique avec l'idée de nourrir les deux
approches, de les dépasser pour produire une musique originale. Gehen
offre un travail sur les boucles, sur les timbres avec le souci, toujours présent,
de la lisibilité. L'expressivité qui transparaît sur chacun
des titres, et notamment sur la huitième pièce I think he was
a journalist prouve que les deux musiciens n'ont pas cédé à
la facilité. Ils livrent au contraire les clefs pour entrer pleinement
dans leur univers. Univers décalé, onirique où la quête
de l'identité l'emporte sur les certitudes. Le parcours n'est pas aisé
mais il vaut que l'on s'y attache. Un monde en marge entre Angelopoulos et Raoul
Ruiz. En résumé une musique difficile à oublier ! (SéM)
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Thôt
agrandi
Work on axis
1 CD Quoi de neuf Docteur
Il
y a quatre ans sortait le premier album de la formation parisienne Thôt.
Ce premier opus symbolisait une aventure humaine qui avait débuté
en 1996 autour de quatre musiciens adeptes de polyrythmies, de voyages incessants
entre écrit et improvisé, et de confrontations directes. Thôt
c'est tout cela et même plus. C'est surtout la construction d'un répertoire
ouvert où l'aspect de groupe l'emporte largement sur le jeu individuel
ou la virtuosité technique. Car l'important est ailleurs. De l'osmose
peut naître une musique affranchie qui s'impose comme novatrice et en
perpétuel mouvement. Cela, Stéphane Payen, le fédérateur-animateur
de Thôt, l'a bien compris. Work on Axis présente un autre aspect
du jeu de Thôt, indépendant de la formation initiale qui poursuit
"par ailleurs sa propre évolution". Cet autre aspect résulte
de l'ouverture à d'autres partenaires de jeu, d'où le nom de Thôt
agrandi. Cette nouvelle structure, créée lors d'une résidence
à l'Estaminet (Magny-les-Hameaux) en octobre 2002, présente la
formation initiale "augmentée" de quelques-uns des meilleurs
musiciens de la scène belge (le flûtiste Pierre Bernard, le clarinettiste
Antoine Prawerman, le trompettiste Laurent Blondiau, le tubiste Michel Massot
et le guitariste Pierre Van Dormael) et d'amis de longue date (Guillaume Orti
et Franck Vaillant). De cette formation large Stéphane Payen exploite
la complémentarité et surtout la nouvelle palette sonore à
sa disposition. Deux disques en huit ans cela peut paraître anecdotique
mais l'écoute de Work on Axis démontre qu'il n'est pas nécessaire
de faire plus pour poser les jalons d'une musique riche et pleine de perspectives.
(SéM)
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Trio
"Résistances"
Global Songs
1 CD Cristal Records
Le
Trio "Résistances" présente un second opus - Global
Songs - fruit de nouvelles réflexions et de nouveaux échanges
entre le batteur Bruno Tocanne, le saxophoniste Lionel Martin et le contrebassiste
Benoit Keller. La musique ne perd rien du projet initial des trois protagonistes
: proposer une musique sans concession, faisant fi des clichés et "résistant"
à la mode du temps. Elle gagne, en revanche, en profondeur, en exploration
et en recherche qui se font encore plus épanouies et transcendantes.
Entre
maturité et fraîcheur, approfondissement et spontanéité,
composition et improvisation, les musiciens se livrent à un jeu où
l'engagement prévaut à toutes les demi-mesures. On écoutera
avec une attention toute particulière leur interprétation d'un
chant de la guerre civile espagnole ou une chanson portugaise de la révolution
des oillets : résistance, combat, engagement, lutte avec en toile de
fond quelques lueurs d'espoir et quelques raisons de croire en des futurs aux
trajectoires différentes. Ce projet s'ancre sur des terres affranchies
des assujettissements imposés avec passion et ferveur. Le trio de Bruno
Tocanne résonne ainsi en nous d'une façon très particulière
et réveille les actions que nous avions laissées depuis trop longtemps
en suspens. (sam)
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Nancy
et Bertram Turetzky
Music for Flute(s) and Contrabass I
1 CD
Nine Winds
Le
duo flute-contrebasse n'est pas le plus évident ni le plus exploré
dans le milieu des musiques contemporaines. Les époux Turetzky ont commencé
leur travail il y a plus de quarante ans. Cet album, publié sur le label
californien Nine Winds, est donc une curiosité en soi. Six pièces
sont présentées ici, toutes écrites par des compositeurs
américains (auquel on doit ajouter l'islandais Ulfar Haraldsson) spécifiquement
pour ce duo. Autant d'approches et de climats que les interprètes apprivoisent
pour servir la musique. Bertram a composé, tout au long de sa carrière,
plus de trois cents pièces. Beaucoup sont considérées comme
de véritables chef d'oeuvre de la musique contemporaine. Les compositeurs
qui ont travaillé sur ce projet avaient de fait un triple challenge à
relever : arriver d'une part à penser la composition pour cette formation,
transcrire d'autre part leur propre vision de la musique, leur sensibilité
dans l'écriture des pièces et enfin faire abstraction de la riche
personnalité de leurs interprètes.
Tous les morceaux sélectionnés
pour cet album démontrent la réussite de ce projet et reflètent
aussi la diversité de la composition contemporaine à une époque
où l'ordinateur remplace progressivement le crayon et la gomme. Seven
Studies in Color and Rhyme, écrite par Ulfar Haraldsson, présente
une pièce en sept mouvements sous la forme d'un sonnet inspiré
par William Shakespeare. Ciel Luminaire, du texan James Marshall, a été
composé en fonction des différents aspects que peut prendre le
ciel, de la dynamique du mouvement des nuages et du spectre de couleurs qu'il
renvoie. Travelogue for flute and contrabass d'Elliott Schwartz est une pièce
déclinée en cinq mouvements qui symbolisent les cinq continents
qu'ont parcouru les deux artistes pour faire connaître leur musique. Bel
hommage à ce couple infatigable toujours disposé à faire
connaître sa musique et à la partager.
Cet album rare,
donc précieux, doit figurer en bonne place dans la discothèque
des amoureux de composition contemporaine. Music for flute(s) and Contrabass
I touche à l'essence de la création et prouve, s'il le fallait
encore, que la musique reste non seulement un vecteur de rapprochement entre
les hommes mais aussi un espace de partage des sentiments. Le titre de cet album
laisse à penser que cet opus n'est que le premier d'une série
que l'on souhaite encore longue. Alors on attend déjà la suite
avec une impatience non dissimulée ! (SéM)
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Ullmann/Stevens/Fonda/Bennink
Variations
on a Master Plan
1 CD Leo Records
Ullmann,
Stevens, Fonda : les musiciens n'en finissent pas de ravir, à chacune
de leur réunion, le public. Les échanges sont intenses, riches
et empreints d'un respect et d'une attention à l'autre sans commune mesure.
Han Bennink s'adjoint au groupe, pour cet album, avec beaucoup de réussite
et d'envie.
La musique se déroule dès lors sur un registre
soutenu tout en révélant une qualité musicale exceptionnelle.
Peu d'enregistrements parviennent à un tel degré d'expressivité
; ici le quartet se livre à une exploration sensible et fusionnelle des
limites harmoniques. Un régal d'écoute et un moment très
précieux. Le quartet parvient à une grande maturité et
son niveau d'inventivité ne peut que nous laisser sans voix. (JP)
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Franck
Vigroux
Looking for Lilas
1 CD D'autres cordes
Il
a plusieurs cordes à son arc, pourrait-on dire du guitariste français
Franck Vigroux. Le voilà qui fait paraître, sur son label, Looking
for Lilas, un disque faisant preuve de la diversité de son instrumentarium
(guitare fretless, 12 cordes, sampler) et de ses influences. Le guitariste,
qui bricole aussi beaucoup l'électronique, nous sert un disque narratif
où se succèdent ambiances électriques, électronique,
narrations et improvisations acoustiques. Très diversifié donc,
Vigroux évite habilement les clichés de guitariste grâce
à une multitude d'approches ; il pousse même la chance jusqu'à
la chanson avec Lila song, musique digne d'un Tom Waits déglingué
qu'il interprète avec une voix qui rappelle Elvis Costello. La suite
comprend aussi de très beaux moments d'improvisation avec le tromboniste
Stéphane Trepp. Deuxième tome d'une trilogie, Looking for Lilas
est indéniablement narratif et intègre divers types de narration
et de voix chantées, divers langages. Comme l'instrument, les mots sont
utilisés de différentes façons. C'est sans doute ce qui
fait la réussite de ce disque qui peut sembler à première
vue manquer de cohérence. Rafraîchissant. (EN)
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VRIL
Effigies
in Cork
1 CD ReR
Effigies
in Cork se présente comme une longue balade musicale, le pendant d'une
conquête de l'Ouest américain. Avec une humeur et une chaleur sans
pareille le guitariste néerlandais Lukas Simonis et le duo inégalable
Chris Cutler/Bob Drake nous ouvrent les portes de leurs explorations communes.
Un mélange de rock indépendant, de musique pour western spaghettis,
avec une dose notable d'impro pour souder le tout. Dès les premiers morceaux
la sauce prend indéniablement. Les trois compères bâtissent
en démontrant, s'il le fallait encore, que les musiques créatives
méritent mieux que leurs étiquettes collées et trop souvent
réductrices de musiques exigeantes. Pour arriver à cela il fallait
bien sûr que les trois hommes soient en totale osmose, partagent la même
idée et la même envie. Pari réussi pour notre plus grand
bonheur ! A noter également le travail remarquable de Frank Key qui non
seulement a donné corps à ce projet mais aussi a enrichi le livret
de cet album par sa prose et ses illustrations décalées et hilarantes.
(SéM)
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Wachsmann,
Hug, Grydeland, Zach
Wazahugy
1 CD Sofa
Le
label norvégien Sofa nous propose de découvrir le nouveau quartet
Wazahugy. Composé du violoniste Philipp Wachsmann, de la violiste Charlotte
Hug, du guitariste Ivar Grydeland et du percussionniste Ingar Zach, le groupe
nous convie à une exploration où se mêlent, dans un rapport
distendu et chaotique, les instruments et les effets électroniques.
Un
univers empreint de tensions, de juxtapositions, de rencontres et de mélanges
dans un souci d'avancer vers une quête musicale sans cesse plus exigeante
et fantasque. Les sons transgressent les interdits, se lient puis se détournent
les uns des au-tres dans un moment voué à une transe psalmodique,
loin des clichés et des redondances. (sam)
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Joe
Williamson
The Ungrateful Carjacker
1 CD Grob
Installé
à Berlin, le contrebassiste canadien Joe Williamson possède, chose
rare chez un jeune musicien, une sonorité propre qu'il construit depuis
quelques années déjà aux côtés de Sven-Ake
Johansson, de Thomas Borgmann, d'Olaf Rupp ou d'Eugene Chadbourne. Artiste accompli,
il s'essaye ici, pour la première fois, au solo et prouve qu'il peut
non seulement proposer un discours d'une grande fluidité mais aussi jouer
avec force et virtuosité. The Ungrateful Carjacker est sombre, dans l'esprit
d'un David Lynch avec ce questionnement permanent et cette recherche esthétique
qui caractérise si bien le cinéaste. Improvisée, la musique
est pourtant structurée preuve s'il en est que le contrebassiste sait
où il va et possède ce talent rare de nourrir le jeu et de le
diriger vers des zones démarquées qu'il maîtrise avec une
aisance déconcertante. (SéM)
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Manon
Liu Winter/Franz Hautzinger
Brospa
1 CD Grob
Le
trompettiste et compositeur autrichien Franz Hautzinger nous livre, avec l'album
Brospa, une autre facette de son travail sur la matière sonore qu'il
explore depuis de nombreuses années sur le label allemand Grob. Ici en
duo avec Manon Liu Winter, au piano préparé, le compositeur viennois
laisse s'exprimer sa partenaire de l'instant pour ensuite s'immiscer dans l'univers
musical qu'elle développe, permettant non seulement de s'ouvrir à
des champs d'expression nouveaux mais autorisant aussi Manon Liu Winter à
développer et à étoffer son jeu. Le trompettiste autrichien
sculpte le son avec cette envie constante de partage. En cela il part vers des
horizons encore inexplorés. Les collaborations les plus variées
qu'il entretient avec d'autres improvisateurs européens lui permettent
de confronter son univers musical, ses idées sur l'improvisation avec
d'autres créateurs. La matière qui en résulte n'est dès
lors pas un mélange passif de deux conceptions de jeu mais un échange
actif qui donne naissance à quelque chose de nouveau. L'osmose qui transparaît
dans ce duo démontre tout le bien fondé de cette approche. (SéM)
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Brian
Woodbury
Variety Orchestra
1 CD ReR
Pour
Brian Woodbury, la musique est avant tout un moyen de générer
la convivialité. Beaucoup de fraîcheur et d'humour mais aussi des
références au folklore américain dans ce qu'il a de plus
humain. Le Variety Orchestra repose sur des musiciens aguerris (Marc Feldman,
Will Connel, Guy Klucevsek, Sarah Parkins.) qui acceptent, l'instant d'une rencontre,
de partager cette aventure dirigée par le fantasque compositeur.
Brian
Woodbury utilise la personnalité de chaque instrumentiste pour alterner
les styles, enrichir la palette sonore à sa disposition mais aussi pour
s'ouvrir des portes dans lesquelles il engouf-fre tout son petit monde. Une
musique réellement stimulante qui s'écoute en toute occasion et
de préférence par temps gris. (JP)
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Yo
Miles ! - Henry Kaiser & Wadada Leo Smith
Sky Garden
1
CD Cuneiform Records
Lorsque
Henry Kaiser et Wadada Leo Smith prennent le parti de revisiter la période
électrique de Miles Davis, on peut, à juste titre, prêter
une oreille sans risquer la déception. Du trompettiste, ces deux musiciens
ont gardé l'esprit, cette façon de vivre la musique avec l'idée
qu'elle est une vaste plaine de jeu propice à toutes les expérimentations.
Miles Davis dérangeait car il n'inscrivait pas sa musique dans une école
esthétique, il déroutait car il se remettait constamment en question,
devançant son époque, parfois avec réussite, parfois avec
moins de chance mais toujours avec cette envie, cette fougue qui le caractérisaient.
Autour d'Henry Kaiser et de Wadada Leo Smith, les deux chefs d'orchestre de
ce projet, on retrouve la passion d'un John Tchicai, et des instrumentistes
rodés tels Greg Osby, Michael Manring ou Steve Smith. Comment perdre
dès lors l'esprit de cette musique ? Sky Garden touche au sens de la
musique et offre, non pas un hommage, mais le témoignage d'une musique
en mouvement, une vision de l'art qui n'a jamais quitté le trompettiste
et qui anime aujourd'hui ceux qui participent à cette aventure. Saluons
le travail du label américain Cuneiform qui édite ce double album
et nous permet, en plus de deux heures et demie de nous replonger dans l'univers
du maître américain. (SéM)
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Camel
Zekri
Venus Hottentote
1 CD La nuit transfigurée
Symbole
des pires exactions commises au nom d'un pouvoir supposé et imposé,
l'histoire de la Venus Hottentote nous renvoie en plein visage ce dont l'homme
peut se rendre capable pour satisfaire une raison - économique le plus
souvent - qui n'a rien de légitime. Vendue, humiliée, outragée
par de trop bien-pensants, exhibée jusque dans les sphères se
revendiquant respectables, la jeune femme africaine n'a recouvré un semblant
de dignité que très récemment.
Au travers de la Venus
Hottentote, Camel Zekri met en garde contre toutes ces actions colonisatrices
commises au nom d'intérêts supérieurs. Le guitariste se
livre à un chant déchiré, porteur des souffrances les plus
profondes subies en toute impuissance. Son cri n'est pourtant pas sans espoir.
La multiplicité et la valeur humaine défient parfois les évidences.
Un regard sur le monde et l'Autre dont il convient de cultiver la différence.
(sam)
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